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Message par Invité le Ven 14 Juil - 17:37


    Il déteste faire des heures en plus Dorian. Mais il s’est pas levé ce matin, alors son chef lui a demandé de finir plus tard. Il le fait parce qu’il a pas envie de se faire virer. Il veut continuer de voir Paola râler le matin, de voir Alix lire sur le canapé, et puis il a trop hâte de découvrir son prochain coloc. Alors il nettoie la fontaine. C’est pas un canon de beauté avec ses bottes en caoutchouc et son uniforme vert, mais il a toujours sa belle gueule, ça on lui enlèvera pas. « Putain, mais pourquoi les gens lancent que des pièces rouges dans cette fontaine de merde. » Il râle Dorian, il râle parce qu’il utilise les pièces de la fontaine pour se payer un café le lundi matin, mais les pièces rouges elles passent pas dans la machine. Alors il doit les échanger contre des pièces d’un euro, mais c’est long d’obtenir un euro avec des pièces rouges, et il aime pas trop attendre, Dorian.

    Il s’arrête un moment, parce qu’il fait carrément beau à Lyon, et que même s’il est 19h, le soleil c’est agréable. A cette heure ci, y a plus grand monde dans le parc. On trouve des gens qui pic-niquent sous les sapins, des étudiants qui ont prit une chaise pour terminer leur bouquin, des gosses qui chialent parce qu’il est l’heure d’aller manger et qu’ils veulent pas quitter la pelouse du parc. Et puis y a les autres comme cette nana. Dorian la fixe quelques secondes. Elle est carrément canon. C’qui est sur c’est qu’elle habite pas a l’immeuble 2, il l’aurait reconnue sinon.  

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Message par Léonie le Dim 16 Juil - 22:57

Léonie bat le pavé, toute la journée. Elle n'a pas de travail fixe, pas de moyen d'en avoir un sans papiers et aucune envie d'errer comme un lion en cage dans un appartement délaissé au zénith. Alors elle sort, comme si elle avait quelque part où aller. Elle laisse le bitume brûlant esquinter au reste ses baskets tombées du camion et déambule au fil de l'eau, Léonard Cohen vissé étroitement dans ses oreilles (grâce à son iPod nano presque centenaire à l'échelle hifi, lui aussi acheté sous le manteau, dans l'économie souterraine propre aux quartiers dans la dèche) entre méfiance et mélancolie, rage et résignation. Ça dépend. De la course du soleil, des visages qui croisent le sien, de la chanson qui la berce. Mais peu importe son humeur, il est rare que la gamine de rien se laisse approcher. Elle observe, beaucoup, à distance et glisse comme de l'eau entre les doigts dès qu'un regard s'attarde trop, dès qu'elle n'a plus la force de se donner l'air farouche et le regard sombre. Mais y a pas grand monde en journée, en semaine, avec les chaleurs écrasantes, les vacances et la valse des honnêtes travailleurs dont elle ne fait plus partie. Léo, elle a suivi le clapotis rassurant du Rhône, elle la fille de l'eau aux veines bleutées et aux opales marines. Elle a marché longtemps jusqu'à rejoindre la Tête d'Or et quitter le fleuve pour le lac artificiel aux rives sauvages. Elle a longtemps hésité à s'offrir un tour de barque la môme, puis a tâté ses poches aux rares pièces jaunies avant de rebrousser chemin pour lire loin de la foule. La bête humaine, de Zola. Chouré à la FNAC dans une promesse silencieuse de le rendre après lecture, ou de l'offrir au prochain inconnu sur un banc. Léonie qu'a jamais rien eu, elle se sent proche de cette classe ouvrière en galère, écrasée par la révolution industrielle comme elle par un libéralisme économique qui fait semblant de pas les voir, les oubliés. Et puis les heures passent et défilent, elle rêve d'une glace (elle aussi, sacrifiée, dépense inutile) et lorsque l'ombre grignote la lumière, Léo suit la course de l'astre pour le laisser réchauffer encore un peu sa peau qui l'aimait tant, dans le sud. Après le fleuve, elle abandonne le lac pour une fontaine aux formes indécentes et se perd à nouveau entre les lignes raffinées de Zola, en tailleur.
Elle aperçoit à peine le jardinier s'approcher pour venir nettoyer la fontaine, plongée dans son bouquin et dans son imaginaire, rare possession immatérielle dont on ne pourra jamais la priver. C'est l'alarme de son téléphone, qui la ramène sur terre. Léo, elle doit brancher sa webcam, dans une heure. Elle devrait rentrer. Elle devrait essayer de se rendre désirable, femme plutôt que fille, se travestir derrière ce rôle de composition, elle mais pas elle à la fois et l'idée lui file le cafard. Elle a pas envie, Léonie. Elle a pas envie et comme un miracle, une voix s'élève près d'elle, tout près, et elle dépose ses prunelles toujours un peu lointaines sur la peau de l'inconnu. Il râle et ça lui arrache une esquisse spontanée, un sourire-trésor qui ne brille jamais longtemps avant d'être terni par ses pensées moroses et le poids de ses erreurs. Léonie, elle devrait l'ignorer. Il ne lui a même pas parlé, après tout. Elle devrait l'ignorer et puis tourner les talons, se relever et rentrer glisser sur sa peau le satin qu'elle ne porte pas dans la vraie vie, jamais. Mais à la place, sans réfléchir, elle plonge sa main dans l'eau froide de la fontaine, à tâtons, pour y retrouver l'éclat d'elle abandonné plus tôt. Elle a fait un voeu, Léonie. Elle a soufflé sur une pièce de vingt centimes et l'a regardée disparaître, engloutie par les espoirs déçus de tous les autres avant elle. Tiens, je crois que celle-ci c'est la mienne. Elle est pas rouge et t'en feras sans doute un meilleur usage que moi. Timbre délicat, presque impalpable, et grâce aérienne, Léo fait glisser la pièce humide sur la pierre froide jusqu'au jardinier contraint de ramasser chaque soir les bouteilles à l'amer (plus qu'à la mer) low cost de la faune locale. Elle ose un nouveau sourire, elle qui les économise tant avec les inconnus, dans une supplique silencieuse désireuse d'étirer cette parenthèse enchantée. D'avoir une excuse pour ne pas rentrer, pour oublier un peu les hommes derrière l'écran comme seul moyen de revenu.

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Message par Invité le Mer 19 Juil - 14:54

La tête d’or a toujours attiré Dorian. Quand il était gosse sa mère l’emmenait tremper ses pieds dans les nombreuses fontaines, ils déambulaient pendant des heures dans les allées fleuries avec ses sœurs, ils allaient manger leur goûter dans le kiosque après l’école. Dorian connaît le parc comme sa poche. Si à ses yeux il a perdu sa féerie d’antan, il n’en reste pas moins son lieu préféré dans l’agglomération lyonnaise. Ce qui a toujours plus au gamin, ce sont les différents visages qu’on y croise. Des femmes aux doigts pinceaux, des hommes aux mains musiciennes, des enfants aux rires soleils, des retraités aux histoires de pirates, des adolescents aux regards collants, et des jolies filles aux yeux tristesses. La nana en face de lui, elle a ce genre de regard, pas d’étoiles, pas la brillance des yeux innocents. Son portable sonne. Il lève les yeux vers elle, c’est une alarme, pas un appel, mais une alarme, il avait la même il y a quelques années sur son vieux portable. Quel genre de fille met une alarme à cette heure la ? Le genre qui travaille tard ? Le genre qui a beaucoup trop de rendez vous ? Pourtant elle a pas l’air bien occupé. Elle lit. Dorian connaît rien à la lecture, ça l’intéresse pas, il préfère encore les maths, alors il s’attarde même pas sur son bouquin a la couverture bariolée. Elle porte pas attention à la sonnerie et met sa main dans l’eau. Dorian il la regarde amusée, parce qu’il aimerait bien se passer de ramasser les pièces lui, il aimerait avoir un clone qui le ferrait à sa place et qui lui ramènerait, il y tient à son café du lundi quand même. Elle vient chambouler le regard de Dorian, quand elle lui dit de prendre sa pièce, une jaune en plus.   Bordel ça veux dire quoi ? Dorian il a toujours un peu de mal à comprendre les actions des autres. Il veut pas être déçu, il veut pas se faire des films sur cette jolie fille, cette gamine qu’a l’air si cultivé avec son livre, si douce avec sa pièce. Elle lui fait un sourire. Un truc qui pétille dans les yeux de Dorian. Le sourire des jolies filles ça lui fait toujours ça. Il essaye de pas avoir l’air trop troublé, mais pas trop désintéressé non plus.  « Oh tu sais, c’est juste pour mon café du lundi hein, et puis ça me gêne pas de continuer de chercher,j'adore l'eau, dans 20/30 ans y'en aura plus, j'espère que non . Peut-être que t’en aura besoin, de ta pièce je veux dire,pour t’acheter un nouveau livre non ? D’ailleurs tu lis quoi ? » Bordel Dorian qu’est ce que tu fais ? Tu sais même pas lire correctement. La nana lui propose une pièce jaune et il décline. Elle lui fait un beau sourire et il lui parle de l’eau. Remet toi en selle garçon. Il sort de la fontaine, de l'eau plein les bottes, faut dire que c’est pas l’idéal pour draguer. « J’ai reconnu l’alarme sur ton portable, t’as pas un rendez vous ou un truc du genre. » Dorian espère juste que la fille à la pièce va lui dire que non, il va pouvoir l’emmener au cinéma, au bar ou à n’importe qu’elle autre endroit ou il pourra la découvrir.

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Message par Léonie le Dim 23 Juil - 22:39

léonie, elle n'est généralement pas très bon juge de la nature humaine. elle a une fâcheuse tendance à la méfiance qui n'a pas lieu d'être et lorsqu'elle s'estompe, ne reste qu'une forme de candeur qui lui porte toujours préjudice. elle est trop, ou pas assez, mais jamais correctement. elle te jette parfois des regards noirs alors que tu veux juste lui demander l'heure et peut se laisser séduire par un sale type sans réaliser le noir charbon qu'il referme à l'intérieur. mais pourtant, malgré tout, elle se fie toujours à son instinct la môme parce qu'il est spontané, immédiat, souvent aidé par sa synesthésie et les couleurs qui viennent se greffer sur les épidermes éphémères, en filigrane. et ce type en bottes détrempées qui ramasse des pièces comme un petit poucet halluciné, il se mêle rapidement à des volutes d'un jaune orangé, vif et chaud comme une couleur d'automne, saupoudré d'une vague odeur d'agrume et de cannelle. réconfortante. il a l'éclat du soleil et du tournesol, une couleur chaude et franche qui met instantanément en confiance, même lorsqu'elle s'efface derrière ses prunelles pour laisser place à ses traits séduisants. alors peut-être qu'elle devrait pas, lui répondre et puis se lancer dans une conversation anodine, baisser sa garde et ignorer son téléphone qui sonne mais il respire une forme de sincérité un peu brute de décoffrage qui fait sens. il refuse sa pièce mouillée abandonnée sur la pierre et léo sourit, machinalement, en l'entendant singer ... jean-claude van damme ? elle se marre, et c'est rare de l'entendre rire léo, dernièrement, avec le poids des emmerdes qui l'écrase et cette ville inconnue et tentaculaire qu'elle trouve aussi belle qu'hostile. trop grande. trop étrangère pour une nana comme elle, qui a connu le même quartier gris béton toute son existence, un univers aux visages familiers et à la routine bien huilée. mais c'est bon, de se libérer le palpitant, juste un peu. tout ce qui atterrit dans la fontaine t'appartient non ? qu'elle balance en ancrant ses yeux marines dans ses prunelles après avoir laissé jean claude van damme au placard, sans récupérer sa pièce. celle qui porte encore ses espoirs taris mais jamais déçus. celle qui a souhaité que sa famille ne souffre pas davantage, que tout rentre dans l'ordre. l'inconnu évoque le livre corné et léo se souvient enfin de son existence, alors qu'il reprend tout son poids initial entre ses phalanges, envolé lorsqu'elle était absorbée par le manège d'un autre. oh. un bouquin de zola, la bête humaine, sur le monde ferroviaire. enfin, comme ça le speech fait pas rêver mais c'est un espèce de thriller un peu sombre, c'est assez chouette. et léo, elle se stoppe dans une pâle esquisse étoilée parce qu'elle pourrait les noyer sous les mots. quand on évoque l'art, les arts, la gamine sait jamais se taire. elle a passé sa vie à en dévorer, à profiter de la gratuité des musées de sa ville, à squatter la médiathèque et ses livres, ses films, la mjc et son piano, ses cours de danse ou de théâtre. elle est intarissable sur tous ces sujets abstraits si éloignés de son monde originel qui sont autant de gâchis : ça paye pas les factures.
dorian, comme l'indique sa poche droite alors qu'il enjambe la fontaine, sort enfin de l'eau qu'il aime tant et naturellement, léo se décale un peu, juste un peu, pour lui laisser le loisir de s'asseoir près d'elle. si ça lui chante. il l'interroge sur la sonnerie de son téléphone et léonie, elle se sent défaillir à l'intérieur, emportée par un vertige qui lui file le tournis. elle serre ses phalanges autour du tissu élimé de son short en jean et laisse passer un centième de seconde avant de papillonner jusqu'à ses yeux chatoyants. léo, elle sait pas mentir normalement. du moins, avant, elle mentait jamais et puis maintenant, ça lui arrive souvent. les petites altérations éclosent d'entre ses lèvres comme des bulles de savon pour éclater dans son univers. et ça marche. à chaque fois. elle ment sur son âge, la môme, elle ment à ses colocs sur ce qu'elle fait dans la pénombre de sa chambre, elle ment sur la raison de sa venue à lyon, son absence de fric, elle compose des tas de baliverne et à chaque fois, c'est une écorchure supplémentaire, un hématome invisible sur sa peau d'opaline. mais elle y arrive. c'est facile, en réalité de mentir à des inconnus. c'est aux autres que c'est plus compliqué, c'est pourquoi léo est partie en silence, incapable de raconter des noises à sa famille pour la protéger. elle a des scrupules, la môme, à enjoliver la réalité, à la manipuler entre ses paumes comme une jolie figurine. mais elle n'a pas envie de partir. pas envie de se plier à cet exercice mental délicat, qui consiste à se séparer d'elle-même le temps d'une ou deux séances pixellisées. léonie, elle aime faire l'amour, elle aime se donner, tout donner, mais faut que ça soit vrai, sincère, qu'il y ait une peau à effleurer, une bouche à embrasser, des bras autour de sa taille et un coeur qui bat juste sous ses doigts. les types derrière l'écran, ils ne sont qu'ombres et prédateurs à l'exception d'ed, et avec eux, elle croit bien qu'elle ne sait pas faire sans se perdre derrière un personnage. alors les oublier pour lire au bord d'une fontaine sous la lueur déclinante du soleil en bonne compagnie, c'est le plus joli mensonge qu'elle peut servir cette semaine. euh non ... c'est pour la pilule. souffle-t-elle dans l'ombre d'un sourire embarrassé. et léo, elle n'a pas besoin de feindre la gêne, elle l'est un peu : pas de parler de contraception, y a pas à l'être, mais de mentir, une fois de plus. même si c'est pas tout à fait faux, elle est bien obligée de faire sonner un rappel (beaucoup plus tard) pour ne pas oublier la maudite pilule. et puis il vaut mieux, parce que léo, elle adorerait un enfant, elle qui a la fibre maternelle qui se réverbère dans le moindre de ses os. mais un bébé, ça coûte cher et on peut pas le coller dans les bras d'une gamine de vingt piges qui a pas d'avenir et beaucoup trop d'affection à donner. léonie, elle l'étoufferait d'amour, elle le sait, elle noierait toutes ses angoisses dans sa peau au parfum d'amour et ne se sentirait plus jamais seule. et on a vu plus sain comme tableau. elle met quelques secondes à comprendre pourquoi dorian lui demande ça, avant de refermer délicatement son livre qui subit le triste sort de l'abandon depuis déjà quelques minutes. tu termines à quelle heure ? je peux te tenir compagnie, si tu veux. elle n'est pas certaine d'être de très bonne compagnie, elle a du mal avec les small talks, mais elle veut bien essayer le temps qu'il termine de ramasser ses pièces. parce qu'il lui inspire que des choses positives, ce type. simples et faciles. comme la vie devrait toujours l'être, elle qui l'a oublié en route.

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Message par Invité le Lun 24 Juil - 16:21

Dorian il les connaît les filles. Enfin il connaît ce qu’elles veulent bien lui montrer. Il connaît leurs corps brûlants, leurs yeux étoiles, leurs sourires diamants, leurs mains douceurs, leurs mots sucrés et leurs lèvres fruitées. Mais il s’intéresse pas à l’intérieur. Il s’en fout de la noirceur, de la douleur que les autres ont laissé, de la jalousie mordante, de la méfiance sournoise et des vices cachés. Dorian il s’en fiche parce que c’est pas ce qui l’intéresse, lui il veut sentir leurs bouches lui pincer les lèvres, il veut connaître chaque recoins de leurs silhouettes et embrasser leurs peau jusqu’à la disparition des étoiles. Voilà ce qu’il connaît des filles. Une fille c’est un corps, un grand tableau sur lequel chaque homme à qui elle daigne ouvrir son corps et son âme peut jeter un peu de peinture. Il a jamais pensé à voir les choses autrement, une fille c’est une fille non ? Cette jolie brune au regard doux, elle lui imposerait presque du respect à Dorian. Elle à l’air si intelligente, fragile, sage. Trop sage pour moi, qu’il pense alors le garçon. Et puis quand il rigole, c’est comme si la terre entière se mettait à trembler, c’est comme si les bruits autours s’arrêtait pour laisser son rire raisonner entre les arbres. Enfin Dorian il le ressent comme ça. « Heureusement que non ! Sinon j’aurais déjà récupéré des gosses, des nanas aussi, des portables, ce genre de chose. Moi, j’ai juste le droit de ramasser les pièces, et je suis même pas censé les garder. » Qu’il lui dit, pas trop fort, juste pour qu’elle soit la seule à l’entendre. Un secret entre eux deux. Et puis il s’occupe bien de ses pièces Dorian, il les sèche, les nettoie,  les lustres. Tout ça pour finir dans le ventre sombre et métallique d’une machine à café. Et puis quand elle lui parle de son livre, elle à l’air tellement renseignée, tellement passionnée, que ça lui donnerait presque envie de se mettre à la lecture le gamin. « Oh, ben je connais pas du tout, j’aime pas trop lire, mon truc c’est plutôt le manuel tu vois. » En réalité il a rien compris à ce qu’elle lui a dit, mais il veut pas lui dire, il a trop peur de briser la petite chose qu’il perçoit entre eux. Un truc invisible, un truc qui lui murmure de pas faire de bêtise, de pas raconter n’importe quoi. La jolie gamine se décale un peu, elle lui laisse la place pour poser sa peine à côté de la sienne. Dorian il s’en veut parfois. Il s’en veut de qualifier ses soucis comme de la peine. C’est pas bien grave, des histoires de cœur, de cul, mais rien de plus. C’est ça ta vie Dorian ? Te plaindre des petites choses courantes, des choses qu’on vit tous ? Peut-être qu’on devrait voir plus loin, peut-être qu’on devrait se créer des problèmes, il aurait peut-être une raison de traîner dans les bars, de boire jusqu’à la mort. Il s’assoit à côté de la gamine. Doucement, avec ses bottes qui couinent un peu parce qu’il y de l’eau à l’intérieur, il pose son corps sur le banc. Elle a pas d’odeur particulière la gamine, elle sent un peu le vieux livre, mais elle semble pas s’être aspergé de parfum à outrance ce matin, peut-être même pas du tout, ou alors juste ce qu’il faut. « oh pardon, fin je voulais pas rentrer dans ton intimités comme ça, pardon. » La pilule. Aujourd’hui beaucoup de femmes l’utilise, mais Dorian il se sent comme nul d’avoir osé l’emmener sur ce terrain. Il a peur de briser cette jolie chose, ce joli lien qu’ils tissent doucement, cette jolie fille au regard nuage, et ce joli avenir qu’il aperçoit. Elle lui propose de lui tenir compagnie. Dorian il est un peu comme un enfant, il pense pas à baraa, pas à la vie, pas à l’appartement. Il pense juste à la belle demoiselle en face de lui. Il se lève, enlève ses bottes trempées, son uniforme vert. Il porte pas grand-chose en dessous, un haut et un short, dorian, sans rien d’autre que lui même pour le cacher. Ou presque. « C’est drôle, je viens de finir, tu veux m’accompagner jusqu’à l’entrepôt, que je récupère des chaussures, c’est mieux pour discuter avec une inconnue tu crois pas ? »

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Message par Léonie le Jeu 3 Aoû - 23:50

l'inconnu se marre. il se marre tellement fort qu'elle en sursauterait presque, léo, incertaine. c'est ... sa boutade qui a déclenché ça, le tremblement interne qui explose comme un feu d'artifices ? c'est joli, une personne qui rit à s'en décrocher la mâchoire, spontanément, qui livre tout et ne retient rien. elle, elle ne sait pas faire. elle rit comme elle fait tout le reste : doucement, délicatement, aussi bruyamment que la chute d'une plume sur de la moquette cotonneuse. alors dorian, elle le bouffe des yeux et se dit qu'elle aimerait bien elle aussi, avoir un peu plus d'aplomb et donner le sentiment que la vie coule sur elle comme une cascade apaisée à la place du tsunami qu'elle se mange depuis ... toujours. un pâle sourire étiré sur ses lèvres pleines, léonie attend sagement que l'euphorie de dorian se dissipe dans l'atmosphère. peut-être même qu'elle en attrape quelques éclats en vol pour les conserver précieusement façon talismans contre nuits brouillard. raison de plus, tu devrais penser à monter un business. répond-elle sur l'exact même ton que dorian, regard complice et moue railleuse. bon, les enfants sont problématiques si t'envisages de rester dans une illégalité morale (si tant est que ça existe) mais pour le reste, c'est tout bénef. mais y a pas de trésors dans la fontaine, seulement des pièces rouillées et ceux qui les jettent sans même respecter toute la symbolique autour. le voeu le plus pur et l'envie de le voir se réaliser. il l'interroge sur son livre et léonie s'ouvre comme les pétales d'une fleur vulnérable. son univers a toujours été abstrait : les mots sur du papier, les notes sur un piano, les peintures sur des toiles et les couleurs prodigieuses devant ses pupilles. chez elle, avant le drame, avant les conneries et l'exil, y avait pas la thune mais il restait l'espoir et les rêves et quoi de mieux pour s'envoler très haut sans frais qu'un bon bouquin ? c'est louisa, qui lui a collé son premier entre ses phalanges curieuses. une histoire de chien abandonné au bord de l'autoroute sous forme de récit initiatique. elle s'en souvient avec une précision désarmante, la gamine, parce que la lecture l'avait frappée : elle avait ri aux éclats, éclaté en sanglots et la môme, elle aurait été prête à marcher toute sa vie si à terme, elle pouvait tomber sur le chien décrit dans son livre pour enfant. l'inconnu, lui, balance qu'il n'aime pas lire et elle accuse le coup. ils sont nombreux, ceux-là. ceux qui ne discernent rien d'autre qu'un gaspillage de papier derrière les ouvrages par milliers, loin d'en saisir toute la dimension. tu sais, c'est pas forcément inconciliable. qu'elle souligne, une idée derrière la tête. léonie, elle pense que le cerveau nourrit le corps, et inversement. à la mjc du quartier, elle était de toutes les activités, manuelles ou intellectuelles, tout était bon pour essayer de combler le vide de son éducation. mais léo, elle n'est pas comme louisa, c'est pas la réussite qui la botte, l'envie d'en découdre et l'ambition dévorante. elle se moque de son quotient intellectuel, de sa mémoire et de toutes ces statistiques qui ne veulent rien dire, au fond. elle, elle voulait seulement s'ouvrir au monde, malgré la volonté du monde entier de les parquer dans des zones hostiles, délimitées, de l'autre côté du périph'.
la conversation dérive sur ses obligations de la soirée et la môme balaye la réalité derrière un joli mensonge, un mensonge évident. elle élude bien vite le sujet, baissant les paupières sur ses genoux dénudés dans un pâle sourire, lorsque dorian s'excuse. il s'excuse, alors qu'elle le mène en bateau avec son histoire de pilule et léonie déteste ça. elle a l'habitude de travestir la vérité lorsque ce n'est nécessaire, pourtant, mais ça n'est jamais un exercice confortable d'autant plus avec un homme comme lui, qui a l'air de porter l'âme par-dessus le corps et le coeur dans sa manche. peut-être qu'elle se plante léo, peut-être que lui est aussi un excellent menteur, bien meilleur qu'elle-même, mais il dégage cette aura de pure franchise qui l'attire comme un papillon vers une flamme et réveille une culpabilité trop souvent tue. alors elle élude complètement ses excuses qui n'ont pas lieu d'être pour laisser ses opales languides papillonner sur dorian qui se glisse hors de sa combinaison de travail avec l'aisance d'un serpent en mue. elle sourit, la môme, quand il lui propose de l'accompagner et déroule sa silhouette de liane en se relevant gracieusement. il évoque ses chaussures abandonnées et elle hausse un sourcil joliment sarcastique. pourquoi, elles ont encore plus de conversation que leur propriétaire ? sourire en coin et regard doux, elle le suit après sa tentative un rien piteuse de boutade. dorian récupère ce qui lui appartient et léonie attend dans l'embrasure, aux aguets, comme si à chaque seconde quelqu'un risquait de surgir pour l'enguirlander et pointer rageusement les pancartes "réservé au personnel" qui brûlent sa rétine tout autour. tu as un peu de temps devant toi ? qu'elle glisse à dorian, voix de velours et timbre de miel, dans une volonté de séduction inassumée. elle a envie qu'il réponde oui, léo, c'est ce que dévoile bien mieux que ses mots le regard pénétrant qu'elle darde sur lui. je propose qu'on parte en quête d'un bouquin pour toi. la lecture, c'est un peu comme l'amour. tout le monde peut tomber amoureux, il suffit de trouver la personne qui te correspond le mieux. et bien moi je pense que tout le monde peut aimer lire, il suffit de trouver le livre qui te donne envie de le dévorer jusqu'à la dernière page. léonie, elle ignore ce qui lui prend. elle devrait rentrer et se conforter à son programme initial au lieu de rechercher la première main tendue qui se présente. et puis ça ne mènera jamais à rien, cette affaire. même s'ils passaient un bon moment, même si elle parvenait à convaincre dorian de donner sa chance à un livre de son choix ... elle ne pourrait même pas le lui offrir. et le vol est généralement plutôt mal perçu. elle sait de quoi elle parle léo, elle s'est toujours jurée qu'elle ne tomberait jamais aussi bas, avant de quitter marseille. bon, dis-moi qui tu es, et je te dirai quel livre est fait pour toi. qu'elle glisse entre ses pulpeuses, dans une jolie promesse. léonie qui doute de tout, est assez confiante : la littérature c'est peut-être un peu comme l'amour, mais en beaucoup plus simple, les coups de foudre sont réciproques et jamais un bouquin ne te trahira pour d'autres mains, c'est l'avantage.


Spoiler:
pardon du retard. jtm.

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