toi et moi, contre le monde. (ft léonie)

Message par Invité le Ven 28 Juil - 20:20

Elle était assise, son verre à la main. L'oreille attentive alors que des jeunes, sûrement spécialistes en soirée, lui donnaient des conseils. Tout fusait dans tous les sens, alors qu'elle n'avait rien demandé. Tout ce qu'elle voulait, c'était connaître les modalités de la prochaine soirée. Au lieu de cela, elle se trouvait entourée par des jeunes, postillonnant pour lui dire comment allait se passer une soirée oufissime à ne pas louper le samedi d'après. L'un d'eux rit. « Il paraît que c'est une sorte de soirée mousse, il faut y aller en sous-vêtement. » Il continue de rire, à gorge déployée. Léa ne voit pas le coup de coude lancé par le type à l'un de ses potes, ainsi que le clin d'oeil qui suit. Elle hoche alors la tête, l'information ancrée dans son esprit. Elle saura s'en souvenir, pour sûr.

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Il est tard. Léa n'a pas voulu arrêter sa lecture en si bon chemin, alors qu'elle allait enfin connaître la fin. Regardant sa montre par intermittence, elle repoussait le moment de ce préparer. Elle ne voulait pas assister à cette soirée, étant bien trop pudique pour oser dévoiler son corps si dénudé. Pourtant, elle était persuadée que louper cette soirée serait une grave erreur. L'occasion de se mêler à cette foule, si spéciale -selon les personnes de la dernière soirée- ne se représenterait pas de sitôt. Alors, une fois les dernières lignes terminées, elle referme le livre en rêvassant doucement. En temps normal, elle a besoin de temps pour digérer une oeuvre, elle doit y penser et tenter de creuser pour savoir ce que l'auteur a voulu exprimer en notant telle ou telle scène. Mais, elle n'en avait pas le temps. Elle contemplerait son palais mental un autre soir. Certainement le lendemain, si elle n'a pas trop la gueule de bois. Elle se lève alors, déterminée à s'amuser lors de cette soirée. Son corps se cambre pour le sentir craquer, endolori par sa position tenue bien trop longtemps. Elle se lève, ouvre son armoire et en sort des sous-vêtements assortis. Un ensemble assez simple, elle ne comptait pas se faire remarquer, et se sentirait très mal qu'une personne ose la regarder.
Une fois la tenue enfilée, elle se dirige vers la sortie sans prendre le temps de préparer son téléphone portable. Elle ne saurait où le mettre, n'ayant pas de poche pour la soirée. Elle ne prend jamais son sac avec elle, ayant bien trop peur de se le faire voler. Alors, elle se sent de rester sans cellulaire. Après tout, pourquoi en aurait-elle besoin ? Elle sait que tout se passera bien et elle n'aura qu'à retourner chez elle quand la fatigue se fera ressentir. Elle prend sa paire de chaussure, et se dirige vers l'appartement en question. Les personnes lui avaient donné les indications pour y accéder. Devant la porte, assez hésitante, elle ne sait si elle doit entrer ou courir se réfugier dans sa chambre. Elle se dit qu'il est trop tard, elle ne se serait pas stoppé dans ses pensées littéraires pour rien.

La porte s'ouvre, se referme derrière elle. Elle fait quelque pas en avant, regardant un peu le sol, par peur de tomber sur un regard insistant. Mais, pour profiter, elle relève les yeux. Et, c'est le choc. Tout le monde est habillé. Elle est seule, ainsi, ses sous-vêtements comme seul bouclier. Des rires s'élèvent, des moqueries parviennent à ses oreilles. Elle entend des "salope", "chienne". Son poing se serre en même temps que sa mâchoire, ses yeux s'embuent. Une personne s'approche d'elle, timide, mais sans se déposséder d'un sourire amusé. « Mais, meuf, je pensais pas que tu le ferais vraiment ! » Et là, comme si la blague était trop bonne, il se remet à rire de son rire à la con. Elle a envie de lui envoyer son poing à travers la gueule. Pour qu'il la ferme, qu'il arrête de rire. Plusieurs personnes le suivent, riant bruyamment. Elle se sent humiliée, et n'a pas la force de frapper. Une bête de foire, animal de cirque. Elle ne sait pas s'il s'agit d'une erreur, d'une plaisanterie qu'elle aurait du déceler. Ou bien, si la personne voulait volontairement que cela arrive, lui faire du mal. Dans les deux cas, elle est hors d'elle. Les larmes aux yeux, elle ne sait pas s'il s'agit de larmes de tristesse, ou de larmes de colère. Elle a mal, mais elle aimerait également faire très mal. Enfant blessé.

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Re: toi et moi, contre le monde. (ft léonie)

Message par Léonie le Dim 6 Aoû - 20:50

léonie, elle ne sait même plus ce qu'elle fait ici. elle l'a oublié, au gré de l'alcool qui embrume son esprit et crame sa trachée. elle se souvient de la soirée de l'assoc, de micky et de son rire carillon, communicatif, qu'elle aime tant. elle se souvient aussi de la rumeur qui enfle, de ce type qui beugle que son coloc organise une soirée de malade, des gens qui filent déjà bien imbibés, de la main qui se pose sur la sienne et d'elle. qui suit. qui suit tout le temps les tourbillons des autres en espérant qu'à force, elle devienne un peu plus eux et moins elle. mais ça ne marche jamais, bien sûr. parce que tous se connaissent, la plupart sont ivres et hilares et elle, elle squatte le canapé à côté de la viande trop soûle pour se montrer de bonne compagnie. y a une nana qui dort à côté et dont elle descend précautionneusement la robe dès que la gamine dévoile sa culotte sombre entre deux rêveries alcoolisées et y a ce type qui essayait sans doute de la choper avant que léo ne s'immisce et qui se rabat mollement sur elle. elle sent sa main qui colonise son genou pour la ... elle a même oublié le compte et comme toutes ses dernières tentatives, elle le laisse faire, en disant qu'il va finir par piger. mais un homme soûl, c'est sacrément limité alors il ne comprend pas et à chaque fois, se hisse du terrain neutre jusqu'à la zone protégée où il n'a rien à faire. ses phalanges essayent vainement de glisser sur ses cuisses et elle les chasse, avec sa douceur de poupée que personne ne respecte jamais. léonie, elle s'ennuie. elle n'est jamais à l'aise dans une foule dense inconnue, elle est toujours écartelée entre sa méfiance primitive et sa volonté de lâcher prise sans jamais y parvenir. alors elle subit, la boisson comme unique alliée.
mais c'est bien l'alcool parce que ça lui donne des ailes. ça l'aide à déployer les plumes brisées qui pendent dans son dos, noir charbon, pleines de la suie de ses ennuis, et si léonie s'envole rarement, elle arrive à flotter péniblement au-dessus du sol, au-dessus des autres et c'est déjà bien. c'est exactement ce qui se produit, ce soir encore quand des rires hystériques viennent la tirer loin de son introspection, du monde silencieux et mélancolique qui l'étouffe en permanence. léo, elle se raccroche à ça. fort. elle suit les éclats saccadés comme un fil d'ariane mais finit par se brûler les ailes comme icare : ce ne sont pas des rires complices, ce n'est pas une façon de communier avec des inconnus jusqu'à se sentir appartenir à un groupe qui la laisse en périphérie. c'est ... de la moquerie, pure et dure. et léo, ça lui brûle les veines. y a ses pieds qui la guident d'eux-même, dans un automatisme pur et de dur de môme qui voit rouge, de gamine qui a envie d'en découdre avec tout et tout le monde. c'est la boisson, qui fait qu'elle ose, léo. qu'elle ose se lever, travestir ses traits pour revêtir le masque du tierquar, mine fermée et regard électrique, le même qu'elle tentait d'apposer sur son minois quand il fallait traverser les barres d'immeuble une fois la nuit tombée. trouille au ventre mais crocs sortis. léonie, elle fend la foule qui s'est massée près de l'entrée, pousse les hyènes qui se marrent d'un coup d'épaule osseuse pour s'avancer. elle ne sait pas du tout ce qui l'attend, seulement que ce sera eux, contre le reste du monde.
elle se rêve justicière la gamine, face aux imbéciles de tous horizons. mais ne s'attend pas à ce qu'elle découvre : c'est une fille. une jolie fille, de surcroît, en sous-vêtements.
léo n'ose pas la dévisager trop frontalement mais du coin de l'oeil, elle détaille le pourpre qui teinte ses joues et l'oeil torve, nettement plus foudroyant que le sien. elle est digne, la victime toute désignée. digne, vulnérable et en colère, un mélange létal qui ne lui est pas si inconnu. l'un des voyeurs se fend d'une remarque, fier de sa bonne blague et les opales de léo, chauffées au tison par la boisson, viennent le foudroyer. elle oserait pas normalement, la gamine. mais y a l'alcool qui délie sa langue et le sentiment d'injustice qui la prend en tenailles. c'est ce qu'elle hait le plus, la moquerie facile, la façon de s'en prendre aux différents parce qu'elle a toujours été du mauvais côté de la balance, léo. du côté des pauvres et des oubliés, des révoltés ouais, mais surtout des victimes sans cesse écrabouillées. mais vous êtes complètement cons ou quoi ?! sa voix toujours tendre s'élève et crépite comme les flammes d'avoir trop longtemps été retenue. avant que l'incendie ne s'étouffe derrière ses petits poings serrés et consume ses mots. y a des tas de choses qu'elle aimerait dire, léo. qu'une fille en soutien-gorge c'est rien de plus drôle ou intimidant qu'une nana en maillot de bain, qu'elle pige pas pourquoi c'est si hilarant de mater cette nana dénudée alors que ça ne pose problème à personne l'abruti qui se promène en calbut depuis tout à l'heure et flash son cul à qui veut (ou non) l'observer. et que putain, elle a le droit de se saper comme elle le veut, merde. mais tout s'évanouit entre ses pulpeuses tremblantes de colère parce que les paires d'yeux braquées sur elle l'éblouissent comme des phares de voiture. alors elle soupire, léonie, cherche une solution plutôt que sa répartie morte-née et y a rien qui vient alors elle retire le sweat trop large qu'elle porte et dans lequel elle étouffe. un sweat à l'effigie de l'asso de micky, enfilé à la va-vite par-dessus son t-shirt pour assurer la promo malgré la chaleur étouffante. elle s'en défait, léo, et le tend à la gosse furibonde comme un drapeau blanc, avec un sourire un rien mécanique. une esquisse qui se voudrait douce et fleurie mais qui contient encore trop de la colère que lui inspire la nature humaine, celle qui n'a jamais fini de tarir le maigre espoir qu'elle lui porte encore. tiens, enfile ça si tu veux, avec leurs comportements minables, ils ont jamais vu une jolie fille en soutif tu te doutes bien. mais t'es pas obligée de te couvrir, t'as rien fait de mal. qu'elle ajoute en haussant les épaules. ouais, y a rien qui cloche chez cette fille, ce n'est pas sa faute si la soirée est tellement minable que le clou du spectacle, c'est l'arrivée en petite tenue de la fille dont t'as décidé de te payer la tête. léonie qui voulait tant se mêler à la foule, elle est bien contente de dériver en périphérie, plutôt que de faire partie de ces idiots.
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