try to make it a melody and a harmony (holly)

Message par Invité le Lun 31 Juil - 19:43

Y'a une nuée de visages qui s'enlisent les uns dans les autres sous la lumière tamisée. De ces gueules qu'il croit parfois reconnaître à la dérobée alors qu'une sueur froide martèle sa colonne vertébrale. C'est pas comme si les plus proches savaient pas exactement ce qu'il fait de ces soirées, quand le plus beau de ses sourires hypocrites vient camoufler la morosité. C'est d'une tristesse sans fin qui se répète, du moment où l'heure se rappelle à lui, où les portes s'ouvrent, où la fermeture de l'étui dévoile sa guitare. Jouer, chanter, il n'y a que par ces soirs-là qu'il y va à reculons, et c'est peut-être ce qui le bouffe le plus, Felix. De devoir se forcer à aligner une succession d'accords à la con sur le titre demandé par le premier venu. D'envier les verres qui se remplissent alors qu'il est contraint de laisser son gosier se désécher. Les bonnes surprises sont devenues rares, ou peut-être que c'est lui qui est blasé. Qui fait sa tête de con, comme dirait le quinqua qui fait trembler caisses et cymbales sous ses baguettes. A croire qu'ils se complaisent tous, coincés dans ces répétitions de pseudo-tubes qui lui filent la nausée. A croire qu'il y'a que lui qui doit se faire violence pour conserver ce faciès figé en serrant les dents pour pas entacher sa belle gueule d'un air renfrogné. Parce que c'est un peu ce qu'on attend de lui, mine de rien. Y'a eu un certain regain d'affluence depuis qu'il est là, le british aux airs de don juan et à la belle voix. Il y met pas de coeur, pourtant, lui qui avait aucun mal à décocher les regards enjôleurs ci et là au public, quand il chantait quand il voulait, ce qu'il voulait.

Là, y'a rien à faire. Ce soir, pas un frémissement ne soulèvera les commissures de ses lèvres. Même pas ce foutu air ironique qu'il affiche en permanence, surtout quand les voix s'éraillent et partent en live. Il a de plus en plus de mal à faire semblant d'apprécier d'être là, au milieu de la cacophonie, à attendre sagement le prochain passage pour recommencer. Le front est baissé, l'oeil rivé sur sa montre, à guetter les secondes qui tardent à s'égréner. Il capte pas tout de suite qu'il y a déjà un nouveau courageux qui s'est lancé. Une courageuse, en l'occurence. Les tambours de l'impatience battent ses côtes comme une menace de tout foutre en l'air, de les planter là, tous ces abrutis qui ne percutent rien de sa colère. Felix, c'est un peu l'centre du monde, des fois, souvent. Y'a pas de raison que les rires et les applaudissements résonnent, que les clients passent leur soirée comme si de rien n'était, comme si le guitariste n'était pas sur le point d'imploser. Il les hait un peu plus de n'rien voir, eux qui ont pourtant le regard rivé sur scène depuis deux heures. Y'a rien qui les frappe, sérieux ? Il a envie de gueuler, mais se contente d'écorcher de manière enragée la corne de ses doigts sur l'acier. « Avec la guitare, ça serait quand même mieux, hein mam'zelle. » Son regard vrille et se reporte sur le bassiste qui s'fout ouvertement de lui devant toute la salle, quelques rires la parcourant, et retombe sur la demoiselle en question. Y'a toujours cet éclat mauvais dans l'iris alors qu'il la détaille, se souvient pas l'avoir déjà vue dans le coin, ou il a peut-être pas fait gaffe. « Mes excuses. » L'accent se dessine le long des mots alors qu'il n'a pas l'air désolé du tout. « Choisis bien, love. » Felix, on lui en veut rarement quand il s'emmerde pas à vouvoyer les gens, bon nombre trouvent ça charmant comme si c'était involontaire, surtout quand il ponctue ça d'un mot doux dans sa langue natale. La remarque a le ton du défi, pourtant, alors qu'il s'attarde plus que de raison sur elle, à s'dire qu'il suffirait encore d'une chanson de merde pour qu'il tourne les talons. Il espère presque, Felix, qu'elle va se lancer sur un bon vieux son à gerber, qui lui donnerait l'occas' de se casser dans la foulée. C'est ce qu'il se dit, comme à chaque fois que ce genre de plan se dessine dans sa tête. Mais il le fait jamais, le mec, alors elle pourrait tout aussi bien chanter faux sur une daube sans nom qu'il devrait pas moins rester là à l'écouter pour les minutes qui lui restent à jouer.

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Re: try to make it a melody and a harmony (holly)

Message par Invité le Sam 5 Aoû - 18:01

Ce soir, Holly, elle sort. Pas question de rester enfermée dans son appartement, seule. En plus, l’association des étudiants étrangers du campus organise une soirée. Soirée intégration, désintégration. Le nom l’intrigue, tout comme l’affiche, elle n’est pas sure de vraiment comprendre de quoi il s’agit, mais elle décide d’y aller quand même. Après tout, si elle veut se faire des amis, c’est peut être la bonne idée. Ou au minimum rencontrer des gens, qui parlent aussi bien français qu’elle. Sur le papier, ça parait être une bonne idée. D’après le programme la soirée commence dans un bar karaoké, se finit en boite. Il y a des navettes de prévues pour permettre aux gens de rentrer chez eux sains et saufs. Tout à l’air plus bien organisé, en tout cas bien mieux que les soirées qu’elle a pu connaitre dans son Montana natal. Le bar karaoké était en plus pas très loin de son appartement. Vraiment, cette soirée avait tout pour être parfaite.

Arrivée au bar karaoké, elle est un peu perdue Holly. Un étudiant lui remet le fameux bracelet qui indique qu’elle fait partie de l’asso, ce bracelet qui permet d’avoir les consos gratuites. Elle se mêle à la foule, discute avec d’autres étudiants, commande un verre. Mais elle est un peu déçue la gamine, l’ambiance karaoké en France, ça ressemble à des défis perdus. C’est presque à celui qui chantera le plus faux, celui qui cassera le plus les oreilles du public. Et le pire, ce sont ces francophones qui tentent de chanter juste et en anglais. Un carnage. Vraiment. Il n’y a pas d’autres mots. Elle en arrive même à se demander comment il fait, le guitariste qui joue à coté de ces pseudos chanteurs. Si c’est un vrai guitariste, il doit avoir des bouchons d’oreille. Ce n’est pas possible autrement. Il ne peut décemment pas rester là, à écouter des casseroles chanter. Alors dans un espèce d’élan de bonté, elle a envie d’aller l’aider. Elle qui sait chanter. Elle a envie d’entendre autre chose que ce bruit. Alors elle réfléchit à une chanson. A LA chanson. Celle qui fera taire le public, celle qui redonnera un sourire aussi léger qu’il soit au guitariste. Elle veut une chanson que tout le monde connait, qu’on puisse entonner avec elle. Elle hésite à se lancer sur Smells like teen spirit, la célèbre chanson de Nirvana, mais elle sait qu’elle n’a pas la voix pour. Elle cherche, U2 ? Michael Jackson ? Les Beatles ? Une chanson que tout le monde connait, que tout le monde pourra entonner avec elle. Elle ne veut pas prendre le risque de chanter une chanson en français, c’est déjà bien assez compliqué de tenir une conversation, alors chanter dans la langue de Molière, Holly préfère ne pas essayer. C’est pas encore l’heure des slows ou des chansons de fin de soirée alors on oublie les hotel california et unchained melody. Elle n’a pas encore choisi sa chanson qu’elle est déjà prête à monter sur cette espèce de scène. L’appel de la scène dira t-on. Elle entend la première remarque du guitariste mais n’y prête pas vraiment attention. Holly, elle l’écoute. Elle ne comprend pas vraiment pourquoi il s’excuse mais tant pis. Par contre, elle l’entend bien le sous entendu, cet espèce de défi qu’il vient de lui lancer. « Choisis bien, love. » et surtout, cet accent qui ponctue sa remarque. Il n’est pas français, elle en est presque certaine. Quoiqu’il en soit, elle est bien prête à relever ce pseudo défi. Quand on y pense, c’est un peu bizarre comme situation, un inconnu qui lui lance un défi, au milieu d’un bar bondé. Comme si personne ne comprenait ce qu’il se passe à part eux deux. Comme si il lui demandait de le sauver de tous ces chanteurs à deux balles. « Don’t worry darling, you’ll be surprised » Un petit clin d’œil, elle lui répond sur le même ton, en anglais puisqu’elle est convaincue qu’il comprend la langue de Shakespeare. Ce sentiment de défi lui a donné une idée de chanson, une chanson connue, très connue même, une chanson à voix. Pour être surpris, il va être surpris, elle en est certaine. Peut être pas à l’annonce de la chanson, mais quand il entendra sa voix, elle en est presque persuadée. « Je choisis Chandelier de Sia ! »

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