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Message par Invité le Mer 2 Aoû - 1:47

( ain't no sunshine when she's gone, and she's always gone too long )
encore une journée cassante.
c'pas faute d'essayer de faire mieux. mais y'a toujours un client pour lui taper sur le système. aujourd'hui c'est une vieille, avec ses grands airs et ses petits sourires. la grand-maman qui agrippe son petit fils comme si c'était un ballon de baudruche susceptible de s'envoler. le pauvre gamin a l'air de vouloir s'enterrer, prêt à creuser son propre trou avec les mains parce que sa grand-mère lui a surement confisqué la pelle. en attendant, mamie radote. mamie parle du livre qu'elle cherche, du livre très très particulier avec tel ou tel personnage, sauf que mamie n'a pas le titre. puis mamie s'en fout, de l'auteur, parce que vous devriez savoir, c'est votre travail non?
mais louisa, elle n'est pas née de la dernière pluie. louisa, elle s'est façonnée d'hiver et de glace. louisa, elle est la force brutale d'un déluge glaçant. alors quand mamie se tait, louisa hausse un sourcil, hoche la tête, puis lui pointe du doigt une allée au hasard. 'essayez là.' puis quand la vieille bouge pas, louisa penche un peu la tête et ajoute: 'mon travail, madame, c'est d'encaisser vos achats. si vous n'avez rien à payer, ce n'est pas à moi que vous devriez vous adresser.' autre pause. mamie a la bouche ouverte et semble prête au scandale. elle est tellement rouge qu'elle a l'air sur le point d’exploser. mais ça n'empêche pas louisa de continuer à parler, sur le même ton blasé qui agace. 'puis quoi qu'il en soit, c'est ma pause. ma collègue s'occupera de vous.' et avec ça, louisa, elle se détourne du comptoir, attrape une clope de son sac avec son zippo fétiche et part tranquillement à l'arrière de la librairie pour fumer en paix.
les jours comme ça, elle a juste envie de démissionner.

pour se détendre, elle observe. elle regarde les gens passer.
elle se dit putain, qu'est-ce que je fous-là, parce que c'est souvent ce qu'elle se demande quand elle est dans une situation qui sent pas particulièrement bon, une situation qui lui rappelle qu'elle s'en est pas vraiment sortie, pas encore, pas totalement. et c'est pas que louisa déteste ses racines, mais elle a les fondations tremblantes. son arbre, il est entouré de ronces. ça fait des décennies que personne n'en prend vraiment soin.
elle est un peu perdue dans ses pensées, la princesse, quand y'a une silhouette qui passe sans la voir. ça lui rappelle quelqu'un. c'est peut-être les jambes, la démarche, parce que y'a que léonie pour s'avancer comme ça. vite. pour pas être vue. c'est marrant, de voir des inconnues qui se déhanchent comme la petite soeur.
sauf que l'inconnue, elle a les cheveux de léonie, ses chaussures aussi. c'est surement louisa qui fait une fixette. après tout, elle a pas dormi depuis presque vingt-quatre heures avec les cours, les courses, le travail. elle est surement en train d'avoir une hallucination. mais faut pas croire que ça l'arrête; elle se lève, jette sa clope presque intacte et course la demoiselle avec la ferme intention de se donner tort.
'hey!' qu'elle lance, en attrapant l'épaule de l'inconnue. ses doigts enfoncés dans la chair pas trop fort, juste assez pour pas la laisser s'échapper. 'léonie??' incrédule, la poupée, quand elle voit les traits de léonie se dessiner pour la première fois depuis quelques temps.

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Message par Léonie le Lun 14 Aoû - 21:50

léonie, c'est un foutu paradoxe, une gamine pleine de contradictions qui ne réalise jamais combien elle étiole ses jolis principes aux quatre vents de ses actions. léo, c'est la gosse salement romantique qui rêve au prince charmant mais s'entiche d'un voyou, c'est celle qui a la rage au ventre, la haine qui pourrait soulever des montagnes et des ouragans et qui baisse les yeux, qui s'écrase. qu'on écrase. léo, elle est tendre et dure à la fois, elle a l'accent du sud mais la distance du nord, c'est la férue d'art qui passera sa vie derrière un caisse à carrouf ou la môme qui a peur des loups du quartier mais leur pique quinze mille balles sans sourciller. elle est comme ça, pour tout. insensée, finalement.
comme ici. parce que ça n'a pas de sens de chercher à se dissimuler dans une métropole à portée de bras d'un gang aux canines acérées. ça n'a aucune logique que de choisir lyon pour disparaître, terrain de jeu de louisa. tu peux pas t'évaporer dans l'atmosphères au nez et à la barbe d'une soeur qui t'aimante à elle, léo, ça n'a aucun sens. elle le sait, parce qu'elle persiste à la frôler de la pulpe de ses doigts, de ses regards velours. de loin. parce que louisa, de tous, c'est elle qui lui manque le plus. cette soeur adulée, la perfection douloureuse qui a largement participé aux fondations branlantes de la benjamine. le modèle à atteindre, inatteignable, l'enfant rêvée sur laquelle les autres peuvent seulement trébucher. elle est si jolie louisa, avec ses traits assurés de papier glacé et ses regards affûtés, qui te susurrent qu'elle va conquérir le monde, qu'elle peut tout et son contraire et que personne ne la stoppera. surtout pas toi. et puis elle est forte, louisa. elle n'a pas les os en verre de léonie, ses poignets en cristal et ses prunelles vulnérables sans cesse baignées de larmes. elle est brillante, sa soeur. y a pas que son cerveau qui éblouit, y a tout son être qui résonne d'une aura singulière, d'une révolte qui n'est pas la sienne, pas celle des siens, les oubliés. non, louisa elle a la révolte belle. digne. puissante. elle ne va pas cracher sur le système, frapper, voler, hurler sa haine contre un monde qui la vomit. elle, elle va se battre et le terrasser de l'intérieur, avec ses propres armes. elle croit qu'elle peut changer le monde, là où léonie sait qu'il avancera sans elle. c'est peut-être ça qu'elle admire autant chez elle. son espoir. ce sale espoir qui n'est pas nourri par des chimères et des songes malades, comme le sien, mais qui est construit sur des croyances. des convictions. léo, elle rêve et trébuche sur les déceptions. louisa, elle agit et arrache à la vie, parcelle par parcelle, tout ce qu'elle n'a jamais voulu lui offrir. c'est une force de la nature, c'est ce à quoi elle pense léo, alors qu'elle l'observe de loin comme souvent. c'est pas pour rien si elle vit ici la gamine, un quartier trop cher pour elle : ici, elle est proche de louisa.
elle peut l'observer comme un chat sauvage, le genre de matou qui aimerait bien mais qui se dérobe toujours à l'affection que tu pourrais lui prodiguer, trop effrayé par ces mains humaines qui ont si souvent fait mal. c'est ce qu'elle fait, léonie, quand le blues devient trop fort, quand elle a le mal de tout et surtout d'eux : elle s'approche, esquisse des cercles concentriques de plus en plus étroits jusqu'à la librairie et s'évanouit avant de croiser son regard. c'est ce qu'elle fait, ici, tapie dans une rue adjacente. son regard embué d'amour est rivé sur elle et y a une main invisible qui s'enroule autour de sa gorge pour la priver d'air. ça la rend moins alerte qu'habituellement, moins prompte à se carapater au premier regard dans sa direction. ça la rend surtout plus stupide. assez pour s'approcher d'elle, dans l'espoir de démêler le nœud dans sa gorge qui écrase jusqu'à ses entrailles. elle s'avance comme dans un rêve léo, le palpitant en vrac et les jambes cotonneuses. elle ne sait pas ce qu'elle cherche, peut-être à s'empoisonner les poumons de son odeur chérie, peut-être à taire le manque cuisant à l'intérieur. ce qui est certain c'est que ça ne marche pas : elle traverse la route, guidée par les braises rougeoyantes d'une clope à moitié consumée entre les lèvres de louisa et puis soudain, ça l'électrise et elle émerge, léo. elle ne peut pas faire ça.
alors elle fuit, elle glisse comme de l'eau vive entre les passants et laisse à ses jambes ridiculement longues et fines le soin de la porter loin de louisa pour les préserver toutes les deux. jusqu'à la main-serre contre son épaule. un courant alternatif, glacé, ondoie le long de sa colonne vertébrale en se laissant heurter par la voix mélodieuse et distante qui l'assiège. louisa. son palpitant manque un battement. puis un second. léo, elle aimerait se dégager de sa poigne et courir à en perdre haleine. le sprint, c'est peut-être la seule discipline où elle la terrasse, cette soeur érigée en déesse. mais à l'intérieur, y a rien qui répond et tout qui s'affole. bordel assuré. bug généralisé. doucement, elle pivote sur ses talons vacillants pour dévoiler son minois aux traits brouillés. elle n'ose pas soutenir son regard léo, à la place elle fixe ses lèvres abasourdies par la surprise. et des siennes, rien ne sort. elle aimerait s'excuser, tout lui expliquer, mais elle fond simplement entre ses bras, dans une étreinte qu'elle a rêvée des dizaines de fois ces deux derniers mois. léonie, elle encercle sa soeur de sa force de moineau mais avec toute l'énergie du désespoir, elle glisse son visage dans sa nuque pour se doper à son parfum familier, rassurant, hume ses cheveux qui sentent toujours bon, un mélange de vanille et de cannelle et elle ferme les yeux. fort. très fort. assez pour s'imaginer à marseille, assez pour rêver remonter le temps. un peu, juste un peu. avant papa et l'hôpital, avant elle et cette enveloppe mal dissimulée remplie d'argent sale. tu m'as manqué. c'est tout ce qu'elle trouve la force de souffler dans une confession qui fait mal, léo, alors qu'elle imagine louisa nimbée d'or derrière le voile de ses paupières. 
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