entre deux mondes. (louisa)

Message par Invité le Mer 2 Aoû - 12:37

Une soirée sur la colline de Fourvière. De l’alcool qui coule à flot, des gosses de riches, de la musique ringarde. Et puis Jemina perdue au milieu de tout ça, Jemina perdue dans un monde qui ne lui ressemble pas. Business is business. Elle n’est là que pour le fric que ça peut lui rapporter. Peut-être aussi pour les jolies filles. Pardon. Pour la jolie fille. Petits sachets d’herbe au fond des poches, elle se faufile dans la foule pour ramasser quelques billets en distribuant son or vert. Elle arnaque un peu les mecs trop bourrés pour s’en rendre compte, accorde une ristourne aux sourires charmants. Au final, l’un dans l’autre, elle s’en sort quand même pas mal. Elle s’offrira peut-être un nouveau tatouage, ou alors un weekend à Amsterdam. Elle hésite encore. L’encre poétique ou les cafés renommés. Elle verra bien demain, ou après-demain. Elle a encore le temps de se décider. Pour l’heure, c’est elle qu’elle recherche. Ses yeux bleus, ses cheveux noirs. Elle l’a vue plusieurs fois dans ce genre de soirées. Elle a remarqué son regard sur elle, ses yeux clairs qui la cherchent à travers les gueules de riches. Où est-elle, ce soir ? Jem espère qu’elle viendra. En attendant, elle continue de vider ses poches en remplissant son porte-monnaie. Jusqu’à ce qu’enfin, elle capte ce regard bleu qu’elle attendait tant. Elle est à l’écart, n’a pas l’air très joyeuse. Leurs regards se croisent, évidemment. Elles se cherchent mutuellement sans le savoir. Alors Jemina plonge dans la foule. Elle disparaît de la vue de cette jolie inconnue en se frayant un chemin jusqu’à elle, discrètement. Sans que la brune aux yeux clairs ne s’en aperçoive. Puis elle réapparait finalement à ses côtés, comme par magie. Elle ne l’avait jamais vue d’aussi près, c’est la première fois. Ce n’est pas pour vendre son herbe qu’elle est venue jusqu’à elle. Jemina la trouve belle. Elle voudrait lui offrir bien plus que de la beuh. Même si paradoxalement, elle aurait tendance à repousser ce genre de nanas. Le genre qui pourrait rendre son coeur vulnérable. Mais son coeur, il est toujours brisé. Il la fait toujours souffrir. Elle ne devrait pas jouer avec le feu, Jemina. Mais elle est quand même là. Et elle approche sa bouche de l’oreille de la brune, il faut bien qu’elle puisse l’entendre malgré la musique. « Tu ne t’amuses pas ? », qu’elle demande avant de reculer son visage pour capter son regard.

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Re: entre deux mondes. (louisa)

Message par Invité le Ven 11 Aoû - 23:05

sam tire sur sa main avec un joli sourire, le genre qu'elle adore plaquer contre sa propre bouche, avec douceur, avec violence. le genre qui lui faire dire oui à tout, presque n'importe quoi. le genre qui l'a faite tombée amoureuse, il y a quelques temps de cela. il lui murmure contre la gorge, allez, louisa, viens avec moi. oublie tout. t'as assez travaillé et tu le sais.
et c'est vrai.
mais ça ne veut pas dire que ce soir, elle ait envie de boire jusqu'à ne plus se rappeler de sa propre identité. elle est fatiguée, épuisée de répéter les mêmes formules avec l'acharnement du soldat en pleine guerre. parce que c'est toujours un combat, quand on est comme louisa et qu'on ne peut rien se payer. quand on a pas vraiment d'autre choix que de se forger une place si on ne peut pas être viré.
quand on est louisa, on est destiné à bosser, à crever dans le travail.
alors quand sam, adorable sam qui a eu sa vie tendue sur un plateau en argent, lui demande de s'amuser, la môme a envie de se laisser bercer par les désillusions mais n'arrive pas vraiment à tenir pied sur le bateau qui tangue.

elle doit attendre là, assise dans un coin sombre, pendant un bon quart d'heure avant que ses yeux n'accrochent la silhouette délicate du fruit interdit. l'inconnue qui vide ses poches pour remplir le nez de ceux qui peuvent se le payer. il parait que c'est bon, que ça fait vibrer, que c'est dur de se laisser retomber.
quand louisa suit des yeux la jolie demoiselle, difficile de dénigrer. c'est dur de détourner les yeux du spectacle, même si c'est un peu comme observer un accident de voiture. elle est jolie. elle détonne. elle a des allures de feu rouge au milieu de la nuit, cela dit, elle crie danger aussi. elle a cette aura qui fume, comme une voiture explosée sur le macadam. ça devrait pas du tout donner envie à louisa de s'approcher et d'y poser les doigts.
mais c'est le cas.

puis l'inconnue disparaît et le spectacle prend fin. son coeur arrête de se frapper un chemin hors de sa cage thoracique, maintenant que la jolie fille n'est plus dans son champ de vision. y'a sam, cela dit, qui danse un peu plus loin. il a l'air idiot. mais ça arrache un sourire délicat à la glaciale louisa, parce qu'elle essaie de se convaincre qu'elle l'aime. encore. qu'elle ne veut que lui. toujours. elle essaie désespérément d'oublier la silhouette longiligne de l'inconnue.
elle essaie. échoue. recommence.

puis y'a une voix à côté de son oreille et la princesse sursaute. littéralement. son corps fait un bon, ses yeux s'entrouvrent grand, son coeur s'extirpe de sa poitrine. c'est l'inconnue, là, si près qu'elle pourrait sentir son parfum si ça ne puait pas déjà d'herbe et de sueur et d'alcool. si près qu'elle peut voir la couleur de ses yeux. la forme de son sourire.
elle se demande ce que ça ferait, d'avoir cette bouche contre la sienne.
et merde.
puis elle se souvient de la question et reprend le contrôle: d'ébahie elle redevient de marbre. presque stoïque. la reine des glaces avec son attitude incendiaire. elle fait ça comme si elle était magicienne, sautant d'un costume à l'autre.
« pas ce soir. » qu'elle dit d'abord, la voix posée. mesurée. faudrait pas que ça déborde d'admiration, de désir, d'envie. faudrait pas se laisser rattraper par ses démons. « j'ai des examens qui arrivent et j'aurais préféré me reposer que traîner ici. » pas de soupir, simplement une explication ponctuée d'un petit sourire posé au coin des lèvres.
elle est incapable de détourner les yeux de l'inconnue, cela dit.
« et toi? est-ce que tu t'amuses? » elle évite de lui dire, même si tu devrais pas, parce que c'est pas ton monde ça.

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Re: entre deux mondes. (louisa)

Message par Invité le Ven 11 Aoû - 23:57

Va y avoir des acouphènes. Des acouphènes dans les oreilles de ces gamins qui ne se soucient de rien, qui vivent comme s’ils étaient hors d’atteinte, qui n’ont jamais connu la merde. Parfois, Jemina s’imagine être comme eux. Être née avec une cuillère en or dans la bouche. Même si la cuillère en argent lui aurait suffi. À quoi ressemblerait sa vie, si tout était joué d’avance ? Si elle avait gagné la partie sans même avancer ses pions ? Finalement, elle ne regrette pas sa place dans la société. Elle ne regrette pas la merde, parce qu’elle sait l’effet que ça fait d’en sortir. Elle connaît la satisfaction des victoires puisqu’elle se bat pour. Elle connait les défaites, aussi. Et sa plus grosse défaite, c’est Leïla. Ce n’est pas de sa faute pourtant, les médecins le lui ont répété des centaines de fois. Mais y’a un blocage. Ça n’entre pas dans les oreilles de Jem. Elle aurait voulu battre la mucoviscidose à coups d’amour, à coups d’je t’aime. Ça n’a pas fonctionné. Leïla est morte malgré tout. Et si elle ne l’avait pas aimé assez fort ? Et si elle n’avait pas pris soin d’elle comme il fallait ? Alors ça serait de sa faute. C’est de sa faute, à ses yeux. Personne ne l’en dissuadera.
Retour à la soirée. Retour à cette prise de risque. Jemina s’est approchée de l’inconnue aux yeux clairs. « Pas ce soir. » C’est la première fois qu’elle entend sa voix. Douce et mélodieuse, même si posée et mesurée. « J’ai des examens qui arrivent et j'aurais préféré me reposer que traîner ici. » Alors elle étudie. Jem s’en doutait, mais elle en a désormais la confirmation. Les jeunes filles de son âge sont à la fac, elles apprennent un métier différent du sien, et bien plus prestigieux. Caissière, c’est le bas de l’échelle. C’est la boue quand on peut toucher le ciel. Son sourire au coin des lèvres. Jemina sent son coeur louper un battement. Elle essaie de ne rien laisser paraître. « Et toi ? Est-ce que tu t'amuses ? » Elle a ses yeux chocolats plongés dans son regard océan. Elle pourrait s’y noyer. Elle voudrait s’y noyer, et que personne ne l’en sauve. Elle pourrait surtout perdre le fil de la conversation, la contempler et passer pour une potiche complètement à la ramasse. Mais il n’en est rien. Jemina peut la contempler sans se ridiculiser, bien au contraire. « Je ne suis pas venue ici pour m’amuser. », qu’elle avoue en haussant les épaules. Elle ne détaillera pas, certaine qu’elle sait pourquoi elle est venue : vendre son herbe. « Mais je m’amuse quand même. Enfin, pas comme eux. » Elle regarde les gosses danser et transpirer l’alcool. « Je m’amuse à les regarder, tous. Ils sont là, à boire comme des trous et à danser comme des cons. Je ne suis pas certaine qu’ils connaissent grand chose de la vie. » Elle repose alors son regard sur ce si joli visage. « Je m’appelle Jem. Enfin, Jemina, mais Jem ça suffit. », qu’elle dit en lui tendant la main.

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Re: entre deux mondes. (louisa)

Message par Invité le Lun 14 Aoû - 22:06

elle dit, je ne suis pas venue ici pour m'amuser, et laisse danser ses épaules dans un semblant de discours silencieux qui incite louisa à deviner que le travail surpasse largement le plaisir dans les yeux chocolatés de la délicate inconnue. mais elle ajoute, l'étrangère. elle annonce qu'elle s'amuse, les yeux tournés vers les ombres mouvantes aux gestes gracieux. si louisa était une artiste, elle serait surement fascinée par le mouvement lascif de leurs hanches, elle aurait envie de le peindre et de le photographier. parce que c'est beau, la débauche. comme un bâtiment hanté. comme l'annonce d'un désastre. c'est un plaisir coupable dont personne ne détourne jamais les yeux. alors louisa demande, sa curiosité sur le bout de sa langue. « et en quoi c'est amusant, de les voir vivre leur vie? après tout, tu ne vis même pas la tienne si tu passes ton temps à les regarder eux. » et un haussement d'épaules un peu ennuyé, délicat mais froid qui laisse supposer que la question n'attend pas plus qu'une simple réponse. « c'est un peu facile, de dire qu'ils n'y connaissent rien. y'a pas qu'une vie à vivre. puis je vois mal en quoi trimer toute ton existence, ça peut être considéré comme une bonne vie. » et un petit soupir, sous-entendant qu'elle aimerait bien qu'ils ouvrent les yeux sur les vies plus dures, plus longues, plus périlleuses. mais ça ne veut pas dire qu'elle omet leurs mérites. ils vivent. peut-être même mieux qu'elle et l'inconnue. parce qu'ils profitent. parce que leurs étreintes impulsives transpirent plus de vie qu'elles, à discuter dans un coin oublié de la salle, ne le font.

puis le regard se détourne et les yeux océan retrouvent la terre ferme, un peu battue mais visiblement fertile de nouvelles réflexions. ils sont beaux, les yeux de l'inconnue. on aurait envie d'écrire des poèmes sur les paillettes mordorées qui s'y cachent mais louisa sait que ce ne serait pas vraiment rendre justice à la jeune fille. elle est bien trop cabossée, ça se voit à la façon qu'elle a de se porter, pour qu'un poème réussisse à l'avaler. ce ne serait que la rendre un peu facile, un peu superficielle, de déblatérer sur les contours dessinés de ses pupilles dilatées.
puis une précision. une présentation. une main qui se tend et que louisa n'est pas sûre de serrer. il y a quelque chose de dangereux entre elles deux. une envie viscérale qui prend la môme à la gorge, qui lui donne envie de prendre cette main et de se joindre à la foule et de vivre un peu. d'oublier les examens et sam et sam et surtout sam. c'est un peu triste et mal et ce n'est pas louisa. alors elle a la gorge sèche, les mots froids quand elle répond: « joli prénom. je m'appelle louisa. enchantée. » et qu'elle serre sa main qu'une seconde avant de la relâcher.

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Re: entre deux mondes. (louisa)

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