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Message par Invité le Lun 7 Aoû - 20:19

ce soir, elle était de ces comètes qui effleuraient le trottoir avec ses godasses abîmées, elle ne savait même plus à combien de temps remontait l’acquisition d’une nouvelle paire de chaussures, ayant presque un orteil qui ressortait de la toile abîmée et sale qu’elle traînait jour après jour. pourtant, dans ses yeux s’engrangeait la nitescence s’émanant des jeux de lumières, d’ces éclats de bijou ornant les gros bonnets d’la ville dans les bars malfamés. ce soir, à la manière de pretty woman, vivi s’était affublé d’une drôle de perruque blonde définissant des cheveux courts digne d’un carré bien taillé et c’est avec une cigarette logée entre ses lèvres qu’elle était rentrée dans le bar. ce n’était plus viviane, c’était sans doute lola, ou même ambre, ou lula (en clin d’œil au magicien saez et ses chansons qui parfois pourraient la définir dans cet état); ces prénoms qui vous donnent envie de rouler les yeux en les entendant prononcés par les lèvres ourlées de jolies blondes, où sur le faciès était inscrit toute la condescendance du monde réunie, condescendance qu’elle s'évertuait à planter de sa lame tranchante chaque parcelle de journée qui passait pour ne laisser apparaître à la lumière que ses bons côtés, les côtés dignes de ses parents étouffants sous leurs directives indignes de ses propres principes. mais n’était-ce pas là son côté humain justement, son côté passe-partout ? la vie est une gigantesque mascarade et vont et viennent comme des valses infinies des acteurs aux masques affriolants et c’est justement cela qu’elle reproche à la société dans laquelle elle vit (ou du moins dans la partie occidentale): devoir se fondre dans un moule, se rebooter à l’image d’un modèle prédéfini à suivre. les pays frontaliers n’étant pas particulièrement mieux placés que la france, elle aurait préféré vivre dans une tribu telle la bohème moderne qu’elle était. partager des coutumes, des traditions qui lui sont impropres mais qui la séduisent d’autant plus que l’immoralité et l’égoïsme dont elle se fait frapper tel une claque de vérité chaque jour passant.
et pourtant, ce n’était pas à paris qu’elle pouvait laisser s’échapper ses idées vagabondes. à la maison, tout était digne du bon goût des classes moyennes d’après-guerre ; rien ne se devait d’être bancal et différent. aussi, vivi elle devait apprendre à avoir le visage toujours dégagé, une queue-de-cheval bien haute, avoir les mains sur les genoux bien serrée lorsqu’elle était assise, poser une serviette lorsqu’elle mangeait, choisir avec minutie l’ordre des couteaux et fourchettes à table, ne pas exprimer ses sentiments profonds et toujours rester polie. c’était à la limite si elle ne devait pas vouvoyer ses parents de l’ancienne école et acquiescer chacun de leurs dires. elle était formatée par leurs idéologies et ce qui l’avait sauvée, c’était bien son frère, cet enfant indigo, avec sa soif insatiable de savoir, toujours le nez plongé dans un bouquin. mais simo est mort.
chacune de ces syllabes se découpaient encore dans son esprit, comme si elles n’étaient toujours pas enregistrées, il y avait toujours une erreur de programme; jusqu’à ce que, soudainement, elles eurent l’effet d’un big bang qui explosaient en millions de particules (encore était-ce des poussières d’étoiles), qui eurent pour but d’effacer chacune des données du lavage de cerveau que leurs parents leur prodiguaient depuis des années. lavée. propre. comme si elle avait nettoyé avec une grande minutie chaque recoin à la javel.
avec les astres enjôleurs qui font comme des caresses sur les ovales du visage, vivi elle mettait feu aux reins des piliers de comptoirs avec sa robe trop courte qui laissait apercevoir son soutien-gorge, elle ne savait même pas elle-même à quel jeu elle jouait, celui sûrement où elle était la vénus qui rentrerait en collision avec le soleil brûlant ce soir, sans pour autant aller jusqu’à l’explosion (peut-être cherchait-elle juste un peu d’amusement, de passion dans les yeux; une flamme qui jaillit des entrailles et venant s’éprendre des contours qui se découpaient mieux que n’importe quelles autres, pour n’en épouser la forme sous la grisaille vespérale de la lune morcelée).
allumeuse mais oas racoleuse, c’est seule que vivi reprit la route dans cette nuit encrée bleue avec des étoiles comme ornements célestes. elle se perdit dans les cieux, la tête dans les nuages et le corps en coton lorsqu’elle arriva face à l’immeuble où elle logeait. pendant une petite dizaine de minutes, elle cherchait ses clés partout, dans ses poches, dans son sac, en vain. déjà, elle se mit à paniquer, prête à s’arracher les cheveux, avant de se souvenir qu’elle les avait simplement placées dans son soutien-gorge, son enveloppe corporelle comme anesthésiée avec le trop-plein d’alcool, cerveau ankylosé, anesthésie d’un cœur sur un bateau tanguant, ne trouvant plus son phare d’accroche. elle rentrait dans l’enceinte,  tachant de faire le moins de bruit possible - soucieuse du respect d’autrui et pourtant c’est dans un vacarme fracassant qu’elle s’engouffrait dans les griffes du noir, les escaliers lui happant petit à petit son équilibre et au bout du deuxième étage déjà, elle se prenait le corps partout, dans chaque recoin et on pouvait l’entendre injurier le monde toutes les quatre secondes environ.

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Message par Invité le Mer 9 Aoû - 15:31

métro, boulot, dodo.
la routine des idiots.
toi tu te tapes, tram, boulot, tise. c'est plus facile, c'est mieux. et tu t'amuses clairement plus, c'est l'avantage d'avoir un job plutôt tard dans la nuit, l'avantage. mais ce soir tu ne sais pas quoi faire de toi-même, tu erres un petit peu dans les rues de lyon sans savoir où aller, t'es en pilote automatique. mentalement, tu dresses la liste des potos chez qui tu pourrais, éventuellement, te crasher, mais t'as l'impression que la plupart ne sont pas là. pendant une seconde tu hésites à aller voir sacha mais t'as un vague souvenir de 'pas demain wade, ça va pas', style il est pas à l'appart, style il t'abandonne, ce traître. alors tu t'arrêtes, ta bière en main, et tu te poses sur le bord du trottoir comme un crétin. à l'heure là y a plus de tram, t'as plus de caisse, tu sais pas trop quoi faire, tes pieds ont plus envie de te porter jusqu'à ton quartier. alors tu bois, tu te roules un petit joint que tu fumes solo, ça fait bizarre. t'as l'impression de trahir ton bro ultime quand tu fumes solo comme ça mais bon, heureusement que t'as vite passé le cap de ressentir de la culpabilité et que tu enchaînes maintenant. c'est mieux.
et puis tu te lèves, mal de crâne poussé, comme si t'avais taffé derrière un écran toute la journée, comme si tu touchais un salaire de ministre. mais non. t'as juste trop traîné dans la friture, le summum du glamour. et t'as recommencé à marcher jusqu'à l'immeuble. arrivé sur place, t'es tellement au bout de ta vie qu'en chemin t'as imaginé forcé une quinzaine de voitures pour pouvoir rentrer et avoir de quoi aller bosser demain. c'était un bon plan, dans le fond. sauf que tu sais pas forcer une voiture. ouais, nan, mauvaise idée. bref, tu sors tes clefs et entres dans l'immeuble, tu te diriges avec la même flemme poussée vers le premier étage et, au moment où t'es prêt à ouvrir la porte de ton paradis sur terre, t'entends des bruits. genre comme si un éléphant était en train d'emprunter la cage d'escaliers. tu hausses un sourcil, enfonce ton trousseau de clefs dans tes poches et tu montes. genre, tu sais pas ce qu'il te passe par la tête parce que ça pourrait être un mec qui se fait tuer pour ce que t'en sais, sérieusement. en plus de ça, défoncé comme t'es, t'es juste en train de tourner complètement parano et tu te demandes, pourquoi, oh pourquoi, tu ne te balades pas avec une batte? dès demain t'en achètes une.
si tu survis à cette nuit.
et là, tu la vois, dans toute sa splendeur.
corps lourd qui se tient contre le mur, une main serrée sur la rampe, tu te demandes une seconde si elle va pas dégueuler sur la marche. mais non, elle doit juste chercher une suite logique à ce qu'elle fait dans son esprit embrumé. tu ricanes. "foutage de gueule puissance mille." tu lances, la voix forte, alors que tu t'adosses contre la barrière des escaliers. t'as presque peur qu'elle tombe par-dessus vu comment elle tangue et tu remercies le ciel d'habiter au premier, parce que tu te vois déjà la face écrabouillée au rez-de-chaussé. outch. et tu tilt sur sa coiffure, sa perruque qu'elle se trimballe, et tu hausses un sourcil en te demandant bien où est ce qu'elle était, t'as l'impression de ne pas reconnaître ta chère voisine que tu adores emmerder dès que tu mets un pied dans son appart pour voir sacha. "t'es pute en fait, la nuit? et tu m'as jamais filé ton numéro?" tu demandes quand même, parce que là t'es clairement outré de ce secret gardé, tu la pensais pas comme ça, t'aurais même payé quoi, t'es pas comme ça. et tu montes une marche, deux, y en a toujours quelques unes qui vous sépare, mais au moins tu vois mieux son visage et toi t'as un putain de sourire, c'est noël. "en tout cas tes discours de merde tu vas pouvoir te les garder pour toi maintenant, moralisatrice mon cul." tu rajoutes, exaspéré, alors que t'allumes une clope et la coince entre tes lèvres. ouais, ouais, faut pas fumer dans les escaliers, on sait.

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