détour au rayon des courgettes (valou)

Message par Invité le Ven 18 Aoû - 12:16

tu peux dire ce que tu veux, mais t'aimes faire les courses. pousser paresseusement ton caddie à travers les rayons, ça te plaît. tu fais attention à ce que tu manges aussi, tu as banni toute viande et tout poisson de ton régime depuis huit ans maintenant. certaines personnes disent que ça ne sert à rien, que la viande animale est nécessaire pour un bon équilibre.  cela agace aussi certains membres de ta famille, notamment pour les repas de famille puisqu'il faut prévoir. mais tu ne te trouves pas pénible, tu manges ce que l'on te donne. tu fredonnes un air de musique pendant que tu arpentes les rayons du magasin, tu fais jamais de liste, tu achètes un peu ce dont tu as envie. tu viens pratiquement toutes les semaines, tu prévois pour les repas qui suivent selon ce que tu as envie. acheter pour le mois, et se rendre compte que l'on ne veut plus manger tel ou tel chose, c'est pas le genre de tactique qui t'intéresses. t'es plus dans le moment présent, enfin autant que possible lorsque cela concerne la nourriture. ton caddie à moitié rempli de boissons et de gâteaux, tu te diriges maintenant vers les légumes. tu remplis un sac de pomme de terres, un autre de tomate, un autre de salade. même si t'es loin d'être une chef cuisinier, t'aimes bien faire à manger. que cela déplaise à tes colocataires ou non, tu leurs feras toujours des bons repas végétariens. à mort les carnistes. tu songes à devenir vegan aussi, t'y penses de plus en plus. mais là n'est pas le problème. tu n'arrives pas à attraper ces foutues courgettes. quelle idée de les mettre en hauteur ? parce quand on est pas bien grand - comme toi en somme, bah on peut pas les attraper. ça t'agaces. un peu. et évidemment vous n'êtes que deux dans ce foutu rayon. tu souffles, parce que ça t'saoules de devoir demander à quelqu'un de t'attraper une courgette putain. tu t'approches de ton compagnon de rayon, qui est dos à toi. tu te racles la gorge. « euh s'cusez moi ? » tu hésites à lui tapoter sur l'épaule, mais faut pas pousser non plus quoi. tu rigoles un peu dans ta tête d'la phrase que tu vas prononcer. « j'suis trop petite et j'arrive pas à atteindre les courgettes là-bas » tu les montre d'un geste du menton, ne faisant même pas attention au visage de ton interlocuteur. « vous pourriez m'en prendre un s'il vous plaît ? » une mine implorante, parce que putain. t'as envie de courgettes.

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Re: détour au rayon des courgettes (valou)

Message par Valentin le Ven 18 Aoû - 20:10

on est tôt, on est le matin. t'es rarement levé aussi tôt. mais ce matin t'avais des papiers à faire, des factures à payer, ton médecin à aller voir. enfin bref, des trucs d'adultes quoi. t'avais beau avoir vingt-cinq ans, tu te faisais toujours pas à l'idée d'être un adulte. tu sors encore en boîte, tu vis en coloc, t'es incapable de te poser, quoi. quand t'étais gamin et qu'on te parlais d'avoir vingt-cinq ans, tu te voyais déjà adulte, marié, voire même un enfant. quelle blague. si une fille venait frapper à ta porte et te montrer un ventre rond, tu partirais en courant. l'engagement, c'est pas pour toi. c'est comme ça que tu te retrouves à ton âge à vivre en colocation, et à faire ses courses un mardi matin avec cinq heures de sommeil seulement. quand tu faisais tes courses, tu savais jamais trop quoi acheter. dans ton panier, pour le moment, il y avait des pâtes. des pâtes à la farine complète parce que t'as lu sur facebook que c'était meilleur pour la santé. comme si toutes ces cigarettes que tu fumais et tout l'alcool que tu buvais était bon pour la santé, lui. rome ne s'est pas faite en un jour, il fallait bien commencer quelque part. c'était l'été, alors tu t'es dit, une salade, ça me ferait pas de mal. une ratatouille, aussi. de toute faço, t'étais pas un gros mangeur. t'aimais beaucoup la viande, mais t'avait souvent la flemme à la cuisiner. tu savais pas faire, tu savais pas comment t'y prendre. les légumes, c'est facile. tu les coupes, tu les mets dans l'eau, dans une poêle, tu les mets dans un saladier et tu balances de l'huile d'olive dessus, et c'est réglé. en arrivant dans le rayon fruits et légumes, t'as attrapé un sachet en plastique pour y mettre des tomates. beaucoup de tomates. toi t'aimes ça, les tomates, tu trouves ça bon, ça a du goût, ça se met partout, cuit, cru, n'importe comment. en les posant dans ton panier, une petite voix t'interpelle. tu te retournes, elle a besoin d'attraper les courgettes. elle te regarde même pas, mais tu la vois. voix fluette, petite bouille mignonne, lèvres charnues. cheveux bruns. ses grands yeux te frappent immédiatement. t'as pas pour habitude de t'attacher aux gens, t'as pas pour habitude de retenir leurs noms. mais elle, c'est différent. ollie, olivia. ce nom, tu l'as jamais entendu, tu l'as jamais prononcé. mais dieu sait combien de fois tu as pu le lire. combien de fois tu as pu l'écrire. cette fille, ça a été ta catharsis. elle t'a sauvé la vie quand tu savais plus quoi faire de la tienne. quand tu as tout remis en question, parce que t'avais jamais vu la mort arriver aussi lentement, t'avais jamais vu la drogue s'emparer de quelqu'un petit à petit d'un être, pour l'emmener avec elle. tu avais vu un morceau de lui disparaître, s'évanouir dans la maladie. pour aider ton deuil, tu avais rejoins ce programme, pensant tomber sur quelqu'un qui saurait quoi dire. ça n'a pas été ça. tu es tombée sur ollie, qui en avait chié pour en sortir. vous aviez tellement parlé. ce programme épistolaire était tombé à pic, et jamais tu ne pourrais oublier ce petit bout de femme. vous ne vous étiez jamais rencontrés, tu ne savais même pas qu'elle habitait là, à lyon. quelle surprise de la voir là. tu ne savais pas si elle t'avais reconnu. si elle ne se souvenait pas de ton visage, ou si elle n'avait juste pas fait attention. tu ris. te voir rire, c'est rare, un matin. surtout dans un rayon fruits et légumes. mais c'est elle. c'est différent. c'est un peu sa soeur, un peu son amie, un peu sa cousine. elle a connu son évolution du début de sa vie "d'adulte" à aujourd'hui. "t'aimes les courgettes toi ? t'aurais dû t'en faire des soupes quand t'étais gamine, parce que c'est pas glorieux là." tu voulais être drôle, tu voulais être celui qu'elle connaissait via ces lettres.
elle était toute petite, toi un géant. enfin c'est ce que tu ressentais. pourtant, tu te sentais comme si elle était immense, et toi, tout intimidé. tellement dur, de rencontrer quelqu'un d'important pour toi. tu avais voulu faire une blague pour lui dire que c'était lui, valentin. le grand mec à qui elle avait envoyé des lettres par dizaines, par centaines. c'était lui, devant elle. c'était toi. mais tu n'avais pas su, tu ne t'étais même pas trouvé drôle. quel minable. heureusement que tu n'avais jamais de rendez-vous amoureux, jamais, avec personne. tu aurais l'air bien ridicule, si devant une amie de longue date, une relation épistolaire, tu te comportais comme ça. tu ris, comme gêné. incertain de si elle allait te reconnaître, incertain de si tu représentais quelque chose d'aussi important que le symbole de vie qu'elle était pour toi. "tu vas bien ollie ?" si elle ne te reconnaissait pas, tu devais réellement passer pour un fou échappé d'un asile. tu avais enchaîné ces deux phrases, sans même attendre qu'elle réponde. la courgette ? oubliée. qui avait besoin d'attraper une courgette pour répondre à la demande d'une inconnue quand il était persuadé de tomber sur une amie ? oh, que tu te sentais bête et impuissant face à la situation, toi qui aimes contrôler toute ta vie.

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LA MORT DES AMANTS


| L'amour, ce n'est pas la fusion, la dissolution d'une âme dans une autre, ou je ne sais quoi. | C'est simplement un moyen de tromper nos solitudes. |
©️ FRIMELDA

Re: détour au rayon des courgettes (valou)

Message par Invité le Ven 25 Aoû - 20:41

au début tu n'avais pas fait attention, tu n'as pas daignée lever ton doux visage vers ton interlocuteur, ton visage poupin, ton visage ravagé et abîmé par l'alcool, par les drogues que tu as pu consommé au cours de ta petite et triste vie. ça t'as bouffée, niquée ta vie pendant quelques années. ça a tout démoli sur ton passage, mais étrangement pas toi. tu en es ressortie vivante, plus que tu ne l'aurais jamais imaginé. t'en es pas ressortie aussi abîmée que certains, t'en es un peu fière malgré tout. mais ça te fait chier qu'il ait fallu passer par cet établissement pour être celle que tu es aujourd'hui, mais au fond tu t'en fous. c'est comme ça que ça devait se passer point, tout arrive pour une raison à ce que l'on dit, à ce que tu crois. mais quand tu lèves ta tête, tu vois son visage, ton cerveau disjoncte pendant un court instant, ton coeur loupe un battement. tu n'as jamais vu ce visage en vrai, tu ne l'as jamais entendu parler de vive voix ce qui explique pourquoi tu ne l'as pas reconnu, valentin. valou, ton copain, ton frère. vous avez parlé suite à ta cure, par un programme épistolaire. de base tu l'as juste fait pour faire plaisir à ta mère adorée, mais au moins tu en es ressortie avec un ami. vous avez été proches, vous vous êtes envoyés des centaines de lettres peut-être en l'espace de quatre années de correspondance, puis il y a quelques mois le contact s'est perdu. tu ne l'as même pas prévenu de ton retour à lyon, malgré le fait qu'il y habite, et que tu le savais très bien. ce visage, tu ne  l'avais vu qu'en photo. tu l'as toujours trouvé beau, en vrai encore plus. tu te sens comme une enfant à côté de lui, plus grande que toi d'une dizaine de centimètres peut-être ? tu souris faiblement à sa phrase, tu peux assurer que ta vie n'est pas glorieuse, enfin, ne l'était pas. aujourd'hui, ça va mieux. mais tout est relatif, la journée tu gardes un visage lisse, fier. mais le soir ça t'arrives de pleurer pendant des heures. le manque, il est présent. il s'incruste dans tes veines, te colle à la peau comme jamais auparavant. « de la soupe à la courgette ? non merci mon vieux.  » tu lances avec une expression dégoûtée, puis un large sourire vient se greffer sur ton visage. tu es contente de le voir, même si tu n'aurais jamais imaginé le rencontrer au détour du rayon fruit et légumes d'une supérette. tu ne t'attendais pas à sa question, pas à ce qu'il te demande comment tu vas. c'est bête, oui vraiment. c'est une des questions idiotes que tout le mode pose, comme si on s'en foutait pas, comme si on avait quelque chose à faire de la réponse. mais la vérité c'est que c'est une question stupide que tout le monde pose, mais pas beaucoup sont vraiment intéressés. mais de sa bouche, tu sais que c'est sincère. tu t'es dévoilée à lui, mise à nue comme on dit. t'as besoin aussi un peu de savoir comment il va, parce qu'il avait autant besoin que toi de cette relation épistolaire, ouais. « jeune demoiselle en détresse à la recherche désespérée d'un prince charmant pour lui attraper mais une courgette, » tu hausses les épaules, un léger sourire rieur sur le visage avant de continuer ta phrase. « mais sinon je vais bien. vraiment, mieux qu'il y a quelques années. » tu grinces un peu, mais avec valentin t'as bizarrement pas honte de ta cure. peut-être parce que c'est l'une des seules personnes qui a été là pour toi, qui t'as aidée dans ce moment. « et toi, ça faisait si longtemps. » tu ne le blâmes pas, oh non. tu es autant responsable que lui du manque de contact, mais tes deux derniers mois à lyon ont été bien trop chaotiques pour te soucier de relations extérieures.

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