notre dame mélancolie (léo)

Message par Léonie le Sam 4 Nov - 23:30


Léonie
comme un soleil de fin de siècle

prénom léonie était supposément un garçon, léo ou léonard, ses parents hésitaient. et elle est née avec un vagin au lieu d'une queue et ils se sont trouvés cons, ses vieux. maman voulait chloé, papa aurore, l'infirmière s'impatientait avec son bracelet vierge de tout patronyme. c'est elle qui a proposé léonie, car ça ressemblait à léo. et c'est ce qu'elle porte depuis ce jour, un prénom précieux pour une môme d'hlm.    lieu de naissance marseille. gosse de quartiers, le nord. celui qui déconne pas et avec lequel elle a déconné. alors léo, elle est française mais avé l'accent chantant du sud et des expressions qu'on ne connaît plus au-dessus de martigues.   âge 20 piges et déjà des emmerdes jusqu'au cou. elle ment toujours, léo, devient mineure quand ça l'arrange, quand les ennuis la frôlent de trop près, et se donne 23 le reste du temps. pour pas être considérée comme une sale gamine, surtout pas.  job ou études que. dalle. léo, elle aurait aimé poursuivre les études, mais fallait ramener de quoi maintenir la tête hors de l'eau d'une famille plus généreuse que toutes les autres. à marseille, elle crevait à petit feu chez carrefour. ici, elle fait pas grand chose la gamine, incapable de se faire embaucher sans papiers, sans tout un tas de documents qu'elle craint de donner par peur qu'on la retrouve, ce "on" impersonnel qui lui file le vertige. alors léo, elle est prête à tout, à n'importe quoi pour gagner suffisamment. en attendant, dans l'intimité de sa chambre, la gamine monnaye son corps en pixels contre de l'argent bien moins virtuel. personne le sait, c'est son secret. un secret qui lui fait honte. situation éternelle célibataire. léo, elle aime faire l'amour, elle aime se donner, tout te donner, s'abandonner. elle a la tendresse au bout des doigts, la poésie au creux de ses reins mais elle a toujours été baisée. par la vie, par les p'tites frappes du tierquar qui respectent rien et surtout pas les nanas, par les cons du collège qui te promettent la lune et les étoiles et te laissent des bleus au coeur. léo, elle a que vingt piges mais le sentiment d'en avoir cinquante, d'être aride d'avoir été trop dispersée aux quatre vents. ils ont rarement été tendres avec elle, les hommes. les jeunes, les moins jeunes, les cons, ceux qui le sont moins, personne n'a envie de s'enticher d'une gosse des rues qu'a pas d'avenir, pas d'argent, que des rêves derrière ses paupières et un espoir qui se fait chaque jour un peu plus la malle. pourtant elle est pas difficile, elle voudrait seulement que tu la laisses t'aimer. que t'aies les bras musclés d'un garçon ou la beauté d'une poitrine féminine, petit, gros, maigre, belle à s'en damner ou d'une laideur à faire frémir, léonie elle s'en fout. elle cherche seulement à éviter le naufrage, à se raccrocher à une âme amie et à la baigner d'amour. mais léo, c'est toujours le dernier choix, celui dont tu te saisis par facilité, parce qu'elle est oui, toujours oui, quand ses copines plus désirables ne sont plus de la partie. choix d'immeuble x rousse.

donne 5 anecdotes sur sa façon de vivre au quotidien
poins:
mes amis, mes mes amours, mes emmerdes. la famille, c'est sacré chez les leroy. les leroy, ils sont dans la merde génération après génération. chez certains on naît riche, chez d'autres on s'enrichit décennie après décennie et eux, ils ont la misère en héritage. chez léo, ça a toujours été minuscule, un logement social comme on en fait plein, identique à celui du voisin. chez les leroy, on poussait les murs pour accueillir mamie qui perdait la boule depuis que papy n'était plus là, on partageait une chambre à trois, à quatre, on entassait les mômes comme on peut en leur offrant de jolies choses avec les sous des alloc'. y a pas une thune chez les leroy, pas une mais y a la richesse de l'âme, la plus vraie, la plus pure. papa et maman sont ouvriers, ils bossent dans la même usine et se sont connus sur les bancs des lycées. maman est tombée enceinte alors papa est resté mais ils s'aiment encore, sans doute plus qu'aux premiers jours, avec la misère comme liant, la pauvreté en ciment. y a marie, la soeur aînée qui vivait sur le palier avec son mari et le petit ismaël, un couple heureux, un couple amoureux. mais les copains de kamel, ils sont louches et lui c'est un suiveur, pas le meneur, alors il est tombé pour eux et pourrit en prison. marie se sent seule, perdue avec ce fils qui lui ressemble tant, ce bébé joufflu aux yeux immenses que léo aimait tant serrer contre son coeur. y a thomas qui joue au foot et fume beaucoup trop d'herbe, qui traîne au chômage depuis tellement d'années que c'est devenu son métier, bossant de façon sporadique tous les six mois pour revenir toucher son alloc'. y a sophie, si jolie, splendide reine des glaces que personne n'a jamais emmerdée tant ses regards gelés calment direct tes phrases d'accroche débiles et ta queue désireuse. sophie qui a réussi. sophie qui a un joli copain d'une famille de papier glacé. sophie et sa bourse du mérite, sophie et ses études de droit. sophie, son modèle et son écorchure au palais, elle le brouillon moins joli, moins intimidant, moins intelligent. léonie aurait préféré être un garçon, y a moins de pression sur leurs épaules, ça fait moins peur de se balader dans le quartier quand la pénombre recouvre les tours, on les emmerde moins les garçons et léo, elle a pas l'air aussi sauvage qu'elle le figure. les leroy, c'était une jolie famille, dans la dèche mais soudée. mais ça c'était avant les emmerdes. avant léonie qui voulait seulement aider et qui a tout empiré. avant la fuite à lyon, seule et perdue, le coeur en miettes. (+) les amis ? laissés sur place. léo, elle a juste disparu, elle s'est évaporée brutalement après une visite à l'hôpital où papa a été passé à tabac. personne ne doit savoir où elle est et léo, elle sait pas si elle peut faire confiance à ses potes, ses potes dans la dèche, qu'on peut acheter facilement. elle n'en a pas beaucoup, léo c'est la môme solitaire qui joue du piano à la mjc, danse et fait du théâtre, qui rêve de s'empiffrer de culture plutôt que de domac, qui aime l'art et ces trucs de  jolie rêveuse. y a ceux du quartier qui la suivent depuis le bac à sable, mélissa si lumineuse, mélissa la féroce, qui montre les dents et la protège comme une maman louve, mélissa qui ne va pas sans inès sa petite soeur autiste que seule léo sait mettre à l'aise, cette gosse touchante qui a tant de choses à dire dans une société qui refuse de les entendre. y a simon le triple idiot qui sait si bien jouer avec son coeur, resserrer sa prise quand elle s'éloigne et la repousser quand elle rêve de devenir une extension de son être, ami possessif, amant occasionnel et toujours alcoolisé mais jamais amoureux. lui, il préfère mélissa ou la jolie sophie. et y a driss, son deuxième grand frère, driss le sanguin mais qui devient tout doux quand il parle du bien-être animal et qu'il bosse à la spa. et dans son coeur où il reste toujours de la place, trônent aussi les reliques du collège, du lycée. kévin, le premier a avoir froissé sa peau et goûté à ses reins. kévin qui est revenu si souvent, qui l'a conduite là où elle n'aurait jamais cru aller, qui prenait sa vie pour un porno et elle pour sa poupée. kévin avec son prénom à la con, le manipulateur aux jolis mots, une constance qui fait mal mais qui est toujours là depuis ses treize piges. et olivia. la meilleure d'entre toutes, l'amie prodigieuse, toujours là. qui efface les bleus et soigne les plaies invisibles, de ses doigts guérisseurs faits pour suturer. olivia forte et fragile à la fois, olivia pas de son monde mais d'une tolérance dingue, olivia, anorexique, triste à mourir, mais toujours là pour toi qui voit rien des maux qui l'accablent. olivia l'éternelle amoureuse d'une môme de quartier, de léo qui voit rien mais qui pourrait tellement l'aimer en retour. pour toujours. (+) les emmerdes ? jusqu'au cou. 15 000 euros de dette à rembourser, un compte bancaire fermé pour s'évaporer proprement. elle n'a pas grand chose, léo, quelques billets froissés dans ses poches étroites, de quoi subsister quelques temps. mais pas vivre, encore moins s'affranchir de ses problèmes et protéger ceux qu'elle a laissés sur place, au tierquar. lyon, ça l'a toujours fait rêver, la môme. mais c'était ça. un simple rêve, jusqu'à ce que son avenir se floute. jusqu'à ce que léo risque les sévices des caves et la mort sauvage, lente et douloureuse. pour avoir volé de l'argent sale, à des gens ignobles. alors elle a fui pour lyon, puisant dans les derniers recoins de son âme un espoir suffisant pour s'y envoler. en stop. ça lui a pris trois jours à la môme, pour rejoindre la capitale des gaules. trois jours d'errance, de doutes, de faim qui tiraille le ventre, mêlée à la morsure singulière de la peur. maintenant ça fait un mois qu'elle hante les rues de la ville, qu'elle galère. ses poches sont vides et si elle feule comme un chat des rues, la gosse n'en mène pas large. elle a besoin d'un plan, elle a besoin d'argent et lyon ne lui offre ni l'un, ni l'autre. chaque jour, elle dit qu'elle va s'envoler pour le capitale et puis une balade en bord de saône, nez levé en direction de fourvière lui redonne l'envie d'y croire. croire aux lendemains qui chantent.
(01.) Léonie souffre de synesthésie, elle associe la musique, les tableaux, à des couleurs. Chez elle, tout n'est que sensations. Les objets, les mots, l'art, les gens. Tout lui inspire des couleurs, des sensations, une saveur éphémère sur la langue si présente qu'elle en devient parfois gênante. Elle a la sensibilité accrue des artistes et des filtres fantasmagoriques devant ses opales curieuses et le moindre élément de la vie quotidienne, le plus banal, le plus minuscule grain de poussière devient poésie, beauté, crainte. Léonie, elle a longtemps été raillée de ce don qu'elle a appris à murmurer à demi-mot. Sophie, si pragmatique, elle ne comprenait pas l'émotion qui submergeait Léo quand ça la frappait et que sous ses yeux, elle se métamorphosait, enveloppée d'un halo doré, presque divin. Elle ne pouvait pas toucher du doigt ce que ça faisait, d'avoir le goût de la vanille des îles en la regardant, chaude et délicieuse, ou l'odeur précieuse des musées où elle entrait si peu. Avec le sacré que ça implique. Et Kévin... bleu, d'un bleu nuit, profond, majestueux, le bleu d'un ciel étoilé mais dans le sien, elles sont absentes et elle, elle aimait  arracher les siennes, toutes celles qui se tapissaient sous sa peau, derrière ses sourires, et puis lui offrir, les coller sur sa voûte céleste pour la teinter d'argent comme le halo qui grandissait autour de lui, au fur et à mesure. Un halo argent devenu gris souris, puis métal, tranchant et glacé au fur et à mesure des coups portés à son  coeur de gamine. Simon et Driss se moquaient, gentiment. Y a qu'Olivia qui aimait savoir que ses sourires avaient le goût d'une mure sauvage. (02.) Avec ce don, Léo aurait rêvé apprendre l'histoire de l'art, tout ce qui déclenche et entretient en elle une beauté à noyer ses prunelles sous une marée de sel. Elle aurait aimé avoir une jolie plume au bout de ses phalanges et réussir à conter ce qui l'assaille lorsqu'elle observe une oeuvre d'art. Elle aurait aimé se faire  critique mais la gosse, elle a pas de culture. Juste l'envie d'en savoir plus mais ça suffit jamais. Et puis les études, c'est cher. Trop cher pour un ascenseur social en panne. Mais ça ne fait rien, la synesthésie fonctionne aussi derrière la caisse de carrefour même si c'est parfois douloureux. Les teintes de gris de ces gens tristes au goût de cendre, le marron de la maladie pour les silhouettes faméliques, celui qui sent la boue et la mort. Et le noir ténèbres qui prend en tenailles devant les caïds du quartier à l'âme pourrie, à l'odeur rance, amère à en vomir. (03.) Léo, elle fait partie des oubliés, des naufragés. Ceux qu'on parque en banlieue, loin, très loin des regards, et qu'on regarde mourir en silence. La société l'ignore et elle en fait de même. Elle a jamais voté la môme, tout comme le reste de sa famille. Sauf maman, qui rêve d'un soulèvement ouvrier. Papa est un anarchiste convaincu, bloqué sur le renaud des années 70, Thomas s'en moque, Marie est désillusionnée et Léo, elle voudrait tous qu'ils crèvent, ces nantis qui ne feront jamais rien pour elle. Seule Sophie détonne : elle, elle rêve de politique, de changer le monde, elle a l'ambition dévorante et une foi inébranlable. Derrière la glace de sa stature qui en impose, luit la flamme de l'optimisme. Léo est résignée, révoltée mais que dans les diatribes, jamais dans les gestes. Comme ses amis. Elle milite pas parce qu'elle ne croit en rien, elle ne manifeste pas non plus parce qu'on l'a jamais écoutée. Elle regarde, impuissante, une France à la dérive qui s'éloigne de plus en plus d'elle et de son monde couleur galère. (04) Léo, ça fait vingt piges qu'elle vit dans la même zone strictement délimitée gris béton et tours verticales, langage fleuri et violence quotidienne. Son monde, c'est son quartier, son lycée, les petits commerces qui peinent à fleurir et c'est tout. Elle foule les mêmes rues, fréquente les mêmes gens, vit entre les mêmes quatre murs depuis sa naissance. Pourtant, elle rêve de vacances, elle rêve d'ailleurs et d'évasion. Avant, elle rêvait de Lyon comme d'un voyage initiatique qui lui changerait la vie, lui ouvrirait les yeux. Lyon à ses yeux de gosse, c'était le Graal inaccessible quand d'autres partent au bout du monde deux fois l'an. Mais pas elle. Chez les Leroy, on a pas de fric à balancer pour aller se dorer la pilule ailleurs qu'à Marseille. Léo, elle a bougé. Deux fois. Au collège, elle a participé au voyage au futuroscope. Elle a jamais su que ses parents ont dû demander une avance de leur salaire pour avancer les malheureux 200 euros de participation. C'était bien, là-bas, et tous les mômes de quartier s'extasiaient devant tout et n'importe quoi, de leur auberge de jeunesse sommaire aux tables de la cafétéria du parc. Y a eu que ça dans sa vie, Poitiers et puis Lyon, maintenant. Elle aurait du voir Auschwitz, aussi, avec le lycée mais pour ça, fallait être tirée au sort : cinq élèves par classe, c'est tout. Et Léo, elle a jamais eu de chance. (05.) Elle est adaptée à la vie de quartier la môme, elle en connaît les codes, les mots, le bon comportement à adopter : se montrer intimidante même quand on meurt de trouille, savoir raser les murs, fermer les yeux, serrer les dents, prétendre ne rien entendre des réflexions sales, sexistes, sexuelles, injurieuses, menaçantes ou juste méchantes. Elle sait se donner des airs de chat sauvage, se la jouer farouche et dangereuse, cracher son mépris et se taire quand il le faut. Mais en-dehors de son monde, elle est paumée la gosse. Inadaptée. Lyon, à ses yeux, c'est la jungle. Une jungle qu'elle affronte mal, avec ses armes de banlieusarde qui font changer de trottoir les braves gens et rire les loubards qui voient clair dans son jeu. Léo, elle est paumée, perdue, elle cherche une main à laquelle s'accrocher, mais son regard noir ne donne pas envie. Parce que Léo, elle se méfie, elle sait qu'on la cherche, elle sait aussi qu'elle ne peut pas faire confiance même si elle voudrait tellement. C'est une funambule qui avance droit sur un fil tendu, sauf qu'elle n'a jamais appris à le faire. C'est pas une ballerine ni une gymnaste, seulement une môme abandonnée par la vie qui manque trébucher à chaque pas. (06.) Derrière ses apparences frondeuses, brutes de décoffrage, elle est pas mal élevée la môme. Ses parents ont toujours eu la pauvreté digne, ils sont droits dans leurs bottes, ils bossent dur et ils ont inculqué des valeurs à leurs enfants. Vraiment. Les Leroy payent pas de mine, mais ils peuvent envoyer au tapis bien des familles ikéa. Ils s'aiment, déjà, ils se respectent, ils se jugent pas et ne jugent pas les autres, d'ailleurs. Papa, il te donnerait sa chemise même si elle est déguenillée, il a toujours un mot gentil pour les sans-abri, une pièce ou un café, un sandwich alors que lui, il a sauté deux repas. Maman aussi, a le coeur sur la main. C'est celle qui invite les gamins esseulés à sa table, qui garde les chiards de tout le quartier quand Fatima, Mathilde ou Evariste doivent faire des heures supplémentaires. Léo, c'est une éponge, elle a soif de savoir et elle a emmagasiné toutes ces valeurs. C'est ce qui la rend si forte, mais c'est aussi ce qui la rend aussi vulnérable, prompte à se faire exploser le coeur par ceux qui n'ont pas ses scrupules. (07) Ses scrupules, parlons-en. Ils sont font la malle à mesure que l'espoir se tarit. Avant Lyon, Léo n'avait jamais rien dérobé. Jamais. Ses parents auraient eu honte, eux qui n'ont jamais tenté, eux qui ont préféré souffrir du manque, de la honte de ne pas pouvoir offrir le meilleur à leurs enfants, plutôt que de s'abaisser à ça. Mais ici, Léo vole. Elle a peu d'argent, pas de plan, pas d'avenir, rien pour lui offrir un sursis alors elle a noué ses beaux principes à sa conscience, et les a murés loin, dans un recoin de son cerveau qui reste à l'ombre. Elle ne vole pas grand chose pour l'instant, la môme. Elle ouvre des paquets de chips au Monoprix et pioche dedans, elle part avec des barres chocolatées ou des tampons, des bricoles nécessaires. Et puis, elle dérobe des bouquins, elle qui aime tant lire et a si peu lu en-dehors des programmes scolaires. Léo, elle pénètre à la fnac comme dans un temple, erre longuement et puis repart avec un livre au fond de son sac, un seul à la fois. Et quand elle a fini, elle griffonne quelques lignes de son écriture brouillon, elle donne son avis, et abandonne l'ouvrage sur un banc. Pour une autre âme solitaire et en perdition comme la sienne. Parfois, elle a la tentation qui électrise la pulpe de ses doigts. Celle d'arracher un sac, du cash au distributeur et de partir comme une bombe sur ses longues jambes brindilles. L'envie, la facilité, lui mord le ventre mais elle peut pas s'y résoudre. Parce qu'elle sait que ce n'est pas ainsi qu'elle amassera la somme nécessaire alors que c'est la recette idéale pour y perdre son âme. Définitivement. Mais jour après jour, les voix parentales résonnent moins fort en elle et la tentation d'un argent facile, d'un gagne-pain quotidien se fait plus forte. (08.) Parce que la gosse, elle est dotée d'une détermination féroce, de celle qui recule devant rien quitte à foncer droit dans le mur. Elle veut ses quinze mille euros et peut-être même qu'elle ne s'arrêtera pas là. C'est trop dur de se mettre des barrières quand on a manqué de tout, mais c'est pas le fric qui la mène, Léo. Plutôt la soif de vengeance, la loi du talion qui réclame oeil pour oeil et dent pour dent. Ca marche comme ça dans le quartier et Léonie, la môme qui tient son coeur entre ses doigts et l'offre au premier venu, elle luit de l'aura de la violence contenue. La plus sournoise, la plus dangereuse aussi, celle qui cogne dans ses os et vibre sous sa peau. La violence des oubliés, de ceux qui n'ont plus rien à perdre. Et même si elle a peur, même si ces types l'effraient, Léo, elle veut qu'ils payent pour ce qu'ils ont fait à son papa, pour ce qu'ils feront sans doute à d'autres, si elle ne se dépêche pas. Alors peut-être qu'elle s'enfoncera loin, plus loin, trop loin, pour amasser quinze mille de plus et les utiliser contre eux. Pour les battre avec leurs propres armes, payer des types à aller casser des gueules. Des jambes surtout. Si papa ne remarchera jamais, Léonie, elle veut que ça soit leur cas aussi. Elle aimerait les brûler vif, les regarder crever avec le sourire aux lèvres parce qu'elle les hait. Elle en rêve souvent, la nuit. D'un rêve récurrent qui semble réel et la fait se réveiller en nage, quelque part entre l'excitation d'un fantasme interdit et la peur des tréfonds de son être. Dans ses songes indécents, elle jouit d'une force phénoménale, elle peut faire mal, vraiment mal, et s'en prive pas. Les sévices sont graphiques, dans une effusion d'hémoglobine et les tortures élaborées, bien trop pour que ça ne l'effraie pas un peu. Parce que dans sa tête, Léo les a déjà descendus au moins trente fois. (09.) Léonie, elle ne s'aime pas beaucoup. Elle a du mal avec ses traits poupons qu'on infantilise toujours et la fragilité qui luit dans le plus petit renflement de son corps rachitique. Elle déteste sa maladresse constante et les hématomes qu'elle sème partout, quand ils ne sont pas écorchures. Elle est os et angles, Léo, et se rêve courbes sensuelles. Elle aimerait des seins, du cul, des hanches, au lieu des boutons de rose de sa poitrine qui tiennent dans le creux d'une main et de ses jambes ridiculement longues et fines, façon flamand rose. Elle déteste sa bouche toujours boudeuse qui lui donne des airs de collégienne un peu salope et ses sourcils immenses. Léonie, elle aurait aimé être jolie comme Sophie ou comme Mélissa, être de ces filles qui inspirent les artistes ou font la poésie. Ou même plus humblement, de ces nanas qu'on séduit, qu'on désire vraiment. Léo, c'est toujours le second choix. Le choix qu'on prend par facilité, parce qu'il est là, qu'il a juste envie de t'aimer et que tu prétendes l'aimer en retour. Léo, c'est la fille sur laquelle on se rabat en soirée, quand les plus jolies sont déjà parties, c'est la bonne copine qu'on drague un soir de manque et qu'on oublie après s'être oublié entre ses reins. Elle est banale, la môme, et elle se déteste pour ça. Elle, elle aimerait être Sophie, cette grande soeur aux allures de déesse, tant aimée et enviée, vénérée même, par elle et par les autres. Elle rêve d'être une fille qui inspire quelque chose, féminine et enjôleuse, mystérieuse et fascinante. Captivante. Mais Léonie, c'est la fille d'à côté dans toute sa splendeur. Et un à côté qui sent la misère et l'accent chantant du sud qui n'est même pas sexy. Elle a la voix fluette et les genoux écorchés, les cheveux en bataille et des jeans pour seules tenues. Alors la gosse, elle noie son manque de confiance dans une assurance de façade, une décontraction qui n'existe pas. Elle prétend que ça lui va, quand on l'embrasse sans envie, quand on la prend sans véritable désir, juste pour se vider les couilles ou en pensant à une autre. Mais la vérité, c'est que ça lui va pas. Que ça fait mal. (10.) Léonie, elle aime faire croire qu'elle est insaisissable mais c'est une putain de connerie et tout le monde le sait, après quelques temps à la côtoyer. Si tu veux l'avoir, tu l'as. C'est aussi simple que ça et elle n'est farouche que dans les mots, comme un clébard qui aboie mais ne mord pas. Parce que Léo, elle souffre de dépendance affective. Elle s'attache trop vite, elle se plie en quatre, en douze, en mille pour te plaire, te conserver près d'elle. Tu lui donnes une phalange et elle s'accroche à ton bras. Elle est comme ça. Elle a soif d'un amour réciproque qu'elle n'a jamais vraiment connu et peut faire flipper, dans sa volonté maladroite de bien faire, de trop faire, elle qui ignore tout des codes. Au tierquar, c'est plus simple. En amour, Léo ne dit jamais non. Elle est oui, toujours oui, la panthère farouche se fait chaton, se love sur les genoux et ne les quitte plus. Elle s'oublie au profit de l'autre jusqu'à l'écoeurer et puis, parfois, explose. Devient hystérique, demandeuse, revêche, se souvient de toutes ces fois où on l'a blessée et les renvoie au visage, durement. C'est le propre des dépendants affectifs, qui donnent tout en espérant recevoir au moins autant et qui finissent déçus, tombant amoureux comme on tombe d'une chaise. Léonie, elle cherche quelqu'un, vraiment, elle a seulement vingt piges mais elle veut déjà du sérieux, de la stabilité émotionnelle pour compenser le chaos partout ailleurs, elle rêve d'un coeur et pas seulement d'un corps mais persiste à se donner trop, trop vite. Pas pour tirer son coup, pas seulement pour faire l'amour même si elle adore ça, non. Léonie, elle fait pas dans les coups d'un soir, à ses yeux, c'est le premier soir oui, mais pas le dernier. C'est ce qu'elle espère toujours sans oser le dire ou le murmurer. (11.) Léonie, elle a toujours rêvé d'un animal de compagnie mais c'était pas possible dans leur hlm minuscule, où il fallait partager sa chambre, accueillir mamie et pousser les murs. Et puis, ça coûte cher un chat ou un chien et elle s'est résolue à les observer de loin, à promener ceux des copains chanceux. Jusqu'à récemment. Dans l'immeuble, y avait des rats qu'on entendait tous les soirs. Ca faisait des mois qu'ils proliféraient en paix avant que l'opac ne fasse quelque chose et tout le monde connaissait leur planque. Alors, Léo, elle a précédé les dératiseurs pour sauver les bébés tremblants. Elle en a gardé un, en secret. Il s'appelle Albert, pour la Peste de Camus et il a grandi dans sa poche, contre son corps. Tellement qu'en réalité, il pourrait pas survivre loin d'elle, il a besoin de contact, de sa chaleur, et Léonie, elle aime bien sa dépendance. Il n'est pas beau, Albert, c'est un vrai rat d'égout qui a finalement grandi avec l'homme, mais il est noir et sans doute infecté de ces maladies dégueulasses qu'ils peuvent transmettre. Mais Léo n'en sait rien, il mord pas, jamais. Il est gentil, il est calme, il mange comme elle et crèche au même endroit et parfois, quand ils sont seuls, il campe sur son épaule comme un fidèle compagnon qui renifle son oreille et se love au creux de son cou. A Lyon, Albert est sans cesse terrifié, il tremble dans sa poche, il a peur du bruit et de la foule, lui habitué à la chaleur étouffante de sa chambre minuscule. Mais Léo, elle le protège. Mieux qu'elle ne sait se préserver elle-même, c'est sûr. (12.) Léo, c'est une gamine des rues qui cherche un gros coup. Elle est toujours dehors, le nez rougi, les joues roses et un sac bandoulière énorme aux allures de maison qui lui scie l'épaule. Elle rôde, elle erre, elle hante les rues et attire souvent les regards circonspects avec son allure de mauvaise graine et sa façon de fendre la foule armée de son regard pénétrant, dur, et ses muscles bandés prêts à bondir. Quand elle n'est pas dans la rue, c'est qu'elle zone dans un musée gratuit qu'elle découvre avec bonheur. Sinon, elle crèche à Perrache pour squatter le piano, moins utilisé que celui de Part-Dieu. Il lui manque, celui de la MJC et souvent ses phalanges la démangent alors elle s'installe comme si elle aussi, attendait un train qui la conduirait nulle part, et joue. Elle joue sans se soucier des autres et oublie pour un temps ses emmerdes, même si ce n'est qu'un remède temporaire qui ne fonctionne qu'à moitié.


résumé a écrit:alors léonie, c'est une gosse des quartiers nord de marseille, qui ne connaît que la misère et la violence, mais qui n'a pas été trop souillée, elle a des rêves la gamine, de l'espoir même s'il est chaque jour un peu plus terni. c'est une môme rêveuse, lunaire, un rien solitaire mais attachante et loyale, qui porte son coeur entre ses doigts pour l'offrir au premier qui le mettra en charpie. elle joue du piano et danse depuis toute petite grâce à la mjc et aux assos locales. quand elle était enfant, elle rêvait d'un immense piano à queue alors que chez elle, y avait pas assez de place pour avoir ne serait-ce qu'une chambre à soi.
léo, elle a de l'or au bout des doigts, au bord des lèvres. elle joue bien la comédie ou du piano, elle danse bien, mais y a pas d'avenir pour les gosses oubliés du système comme elle alors après le lycée, y a fallu bosser. elle était caissière chez carrefour, celui du tierquar. pas la grande vie du tout avec les petites frappes qui viennent tiser sans payer, qui insultent et bousculent, les mêmes qui lui font raser les murs quand elle rentre tard le soir, les mêmes qu'elle a déjà sucé dans le local à poubelles pour avoir la paix, pour assurer sa sécurité.
mais léo, elle a déconné. chez elle, on manque de liquidités, on manque de fric et c'est pas grave. jusqu'à ce que ça le devienne et que la situation soit critique. elle le sait, que c'est compliqué, que maman et papa s'échinent à l'usine et qu'elle trime à garder des mioches en plus de son taf. un soir, sans faire exprès, elle a découvert l'une des planques du gang du quartier, ceux qui cachent des kalach dans les caves et te font obéir d'un regard. elle aurait pas dû, mais y avait plus d'argent qu'elle n'en avait jamais vu et ça pouvait offrir un sursis à sa famille. léo a tout raflé, elle a caché ça à ses vieux et écrit aux huissiers, à tous les enragés des courriers officiels menaçants. elle a tout payé léo. sauf que ça a mal tourné. elle ignore comment mais ils savent, parce qu'ils sont tombés sur son papa et l'ont roué de coups, le laissant pour mort. il est à l'hôpital, il ne remarchera plus jamais. c'est un miraculé.
c'est là que léo est partie y a un petit mois tout au plus. elle a choisi lyon, sa terre promise, faite de culture, d'art et de possibilités infinies. elle a besoin d'argent. elle a besoin d'une solution. elle a besoin de se cacher et de se sortir des emmerdes qui l'enlisent jusqu'au cou. elle est prête à tout pour ça, léo, vendre du shit à des mioches, se prostituer, n'importe quoi pour que ça aille vite, mais elle ne sait même pas par où commencer et pour l'instant, elle a la trouille, elle est méfiante, elle rase les murs de sa coloc et n'est pas très très épanouie tout en s'effeuillant devant sa webcam contre quelques billets ...

je recherche de tout, surtout des pinesco et de quoi enfoncer copieusement léo parce que la torture sur personnage = les feels = la vie. #teamsadisme
touristes plus que bienvenus, on peut réfléchir ensemble

Re: notre dame mélancolie (léo)

Message par Léonie le Sam 4 Nov - 23:32

rps la coloc v1
(full reset)

rps en cours

rps terminés

liens :
+++ micky  : colocataire, flirt et amie. chien et chat.
++~ alban : bromance et bon délire, aujourd'hui en froid
++~ lou : ex d'il y a trois ans, retrouvailles à lyon
++~ léa  : voisine et flirt, il est distant car elle lui a avoué être allé en prison.
++ viviane  : coup d'un soir, il la stalk un peu dans l'espoir de la revoir et ils flirtent par sms.
+ marie : flirt à une soirée
+ alaska : rencontre de soirée, flirt
+ jasmine : connaissance de soirée
~ léonie : rencontre hasardeuse, il l'a défendu alors qu'elle volait à manger

- mado : nouvelle coloc, à def
- iris : nouvelle coloc, à def

(à maj après le recensement, ce sont les liens de zizi fou)

Re: notre dame mélancolie (léo)

Message par Basile le Dim 5 Nov - 18:33


toujours pas al

Re: notre dame mélancolie (léo)

Message par Ali le Lun 6 Nov - 22:27

coucou toi
j'veux un lien avec ta jolie léo, si tu veux bien de la petite ali'
j'me ramène un peu en touriste, mais j'ai lu ta petite phrase là, tout en bas et j'avoue que ça me plaît bien
@Léonie a écrit:je recherche de tout, surtout des pinesco et de quoi enfoncer copieusement léo parce que la torture sur personnage = les feels = la vie. #teamsadisme

*******************


On a cueilli des fleurs.
« -Où elles sont? -Elles sont parties. C'est des fleurs qui s'envolent quand on les cueille. -Alors pourquoi on les cueille? -Parce que c'est joli quand elles s'envolent. Et après on les regrette. -J'en veux aussi. »

Re: notre dame mélancolie (léo)

Message par Léonie le Lun 6 Nov - 22:41

baba d'amour, tu vas finir par rédiger ma fiche de liens pour t'y glisser partout

ali, avec plaisir ptn, en plus vu le métier de ta gosse et la fascination absolue de léo pour l'art (j'ai dit je sais plus où/dans quel rp que quand ça n'allait pas, elle se réfugiait au musée des beaux-art, ça l'apaisait direct), ça peut que matcher I love you
mon lit m'appelle parce que je me lève tôt mais demain soir, je lis ta fiche. deal ? I love you I love you et puis on cherche ensemble !

Re: notre dame mélancolie (léo)

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


- Sujets similaires