no more bad days. (rachelle)

Message par Tom le Mer 22 Nov - 21:40

couverture

No more bad days

Tu as passé ta journée à debugger GIT. Tu as passé ta journée à corriger des conneries de points virgules oubliés. De sottises de balises mal fermées. Comme si les autres ne pouvaient pas faire attention. Comme si c’était la meilleure idée de partir en congés en laissant un code à moitié fait. Tu as perdu ta journée à osciller entre ton écran et ton paquet de clopes. T’as trop fumé. Trop, comparé à ce que tu avais l’habitude de consommer. Tu t’es cassé la figure dans le tram. Parce que tu attendais debout, parce qu’il a freiné trop vite, trop brusquement. Citoyen égaré sur les rails. Citoyen paumé, perdu au milieu de la multitude de signaux lumineux qui l’entouraient. Tu as juste envie de rentrer. Tu as juste envie d’oublier la nuit qui tombe trop tôt, et le froid qui te gèle déjà le bout du nez. Tu as ajusté ton casque sur tes oreilles puis enfoncé les mains dans le fond de tes poches. Playlist à peine édulcorée, oscillant entre Orelsan et Shaka Ponk. Albums nouvellement mis au monde. Tu oscilles la tête, tel un enfant. Parce que tu es retombé dans ton monde. Parce que c’est plus facile pour toi d’être dans ta bulle. Plus facile que de te confronter à ta journée pas terrible. Qu’est-ce que ça ferait, si tu te permettais de faire une remarque sur ton collègue ? Qu’est-ce que ça ferait, si tu râlais, ne serait-ce qu’un peu ? Si, pour une fois, tu cessais de fuir l’affrontement ? Qu’est-ce que ça ferait, si tu te décidais à voir la vérité en face, juste deux secondes ? Tu secoues la tête. Tu secoues la tête, pour oublier. Parce qu’ouvrir cette case de ton cerveau, c’était sombrer de manière assurée. C’était penser, repenser. C’était s’en vouloir et finir par se détester. C’était finir par penser à ta frangine, à ta famille, à toutes tes histoires ratées. C’était réaliser que tu n’étais qu’un égoïste.

Tu souffles. Tu souffles, alors que tu sors une main dans l’univers glacé qui t’entourait. Tu bidouilles le digicode. Grincement désagréable, indiquant que la porte était ouverte. Tu t’y engouffres. Comme si ça allait te couper du froid. Tu as reniflé. Plus par principe que par nécessité. Nez glacé. Aventure dans les escaliers. Tu arrives finalement à ta porte d’entrée. Votre porte d’entrée. Ta zone de confort, ton repère. Tu as déposé ton manteau sur le canapé, tes Converses dans l’entrée et ton sac à dos dans ta chambre. Tu t’es affalé sur ton lit. Tu t’es affalé, épuisé. Comme vidé de tes forces. Comme si c’était la seule chose que tu étais capable d’exécuter : rien. Pourtant, tu as fini par te relever. Tu as fini par te mettre sur tes deux pattes, pour filer dans la cuisine. Tu as balancé une playlist d’indie-folk à l’aide du Chromecast dans tout le salon. Lancement de la bouilloire. Recherche dans les placards de votre thé en vrac. Du thé de Noël. Parce que tu pouvais en voire à n’importe quelle saison. Juste pour te souvenir de la sensation. Tu as piqué quelques biscuits à la cannelle pour remplir ton estomac. Parce qu’avec les températures et le temps gris, tu avais déjà l’impression d’être en hiver. Comme si l’automne s’était déjà achevé. Tu aimais bien cette saison, pourtant. Tu aimais trainer dehors. Quand tu étais gamin, tu aimais traîner dans les forêts à proximité de Besançon, pour regarder les feuilles prendre des teintes orangées. Tu aimais jouer au milieu des bruits de froissement des feuilles. Léger sentiment de chaleur qui t’envahit, alors que tu penses à vos jeux idiots avec ta sœur. Ton cœur se serre presque deux secondes plus tard. Epoque oubliée. Epoque qui n’aurait probablement plus jamais lieu si elle continuait de se laisser aller. Tu as secoué la tête. Tu as secoué la tête pour te défaire de tes idées, alors que le cliquetis caractéristique de la bouilloire te sortait de tes pensées. Tu t’es servi une tasse. Tu as rajouté quelques morceaux de sucre, puis tu t’es éloigné pour laisser infuser. Tes pas t’ont guidé vers les couloirs. Pendant deux secondes, tu as hésité. Est-ce que tu allais la déranger ? Tu as tendu l’oreille, et finalement, ton poing s’est doucement abattu contre la porte de bois qui vous séparait. Tes doigts ont actionné le mécanisme de la poignée et tu as passé ta bouille par l’embrasure. « Coucou. » as-tu lancé, alors que tu cherchais ta colocataire du regard. Tu as tenté un petit sourire, pour la motiver. « Tu veux du thé ? J’en ai fait assez pour deux. » proposes-tu. Parce qu’il restait de l’eau chaude, parce qu’il te semblait qu’Ali n’avait pas encore montré signe de vie. Peut-être qu’elle était encore au travail. Peut-être qu’elle était restée dans son école pour étudier. Tu n’en avais aucune idée. Cependant, c’était difficile pour toi de rester au calme. C’était compliqué pour toi de rester dans la solitude, alors que tu pouvais profiter d’un peu de compagnie. C’était compliqué pour toi de rester si seul, après une journée aussi pourrie.

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